LFR 2026 : LE GOUVERNEMENT MAINTIENT SES ARBITRAGES ET ALERTE SUR UN RISQUE DE PÉNURIE ET DE DÉLESTAGES

30/10/2026 Djiby 946
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Par B Diaw

Le gouvernement ne cède pas. Dans un document de 29 pages transmis mercredi soir à la Commission des finances et du contrôle budgétaire, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, défend l’essentiel des arbitrages du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, tout en se disant ouvert à des ajustements.

 

Ce mémorandum répond point par point au questionnaire que la Commission, dominée par la majorité Pastef et présidée par Alphonse Mané Sambou, lui avait adressé le 26 octobre. Il intervient après le rejet en bloc du texte en commission, puis son renvoi en commission obtenu le 27 octobre en séance plénière pour éviter un vote-sanction.

 

Au cœur de l’argumentaire : une double contrainte budgétaire intenable.

 

L’Exécutif justifie les coupes par une baisse des recettes de 415,5 milliards de FCFA conjuguée à une hausse de 540,3 milliards des subventions à l’énergie. « Sans ces ajustements, le déficit avoisinerait 10% du PIB, soit un besoin de financement supplémentaire proche de 1 000 milliards », prévient le ministère.

 

Les investissements paient le plus lourd tribut. Le gouvernement pointe en particulier l’effondrement du recouvrement des recettes adossées au PRES : 174 milliards à fin septembre, soit 22,8% de l’objectif annuel de 762,6 milliards. Conséquence : les dépenses fléchées PRES sont réduites de 295,6 milliards, essentiellement sur les crédits de paiement.

 

Pour tenter de désamorcer la fronde sociale, le texte assure que les secteurs prioritaires sont préservés : 17,9 milliards pour la santé, 42,4 milliards pour l’enseignement supérieur et 22,2 milliards pour l’éducation nationale.

 

Mais un arbitrage fait déjà polémique : les 35 centres de santé, dotés de 60 milliards en loi de finances initiale (LFI), passent à zéro en LFR. Le gouvernement assume et annonce un basculement vers un financement en partenariat public-privé via le FONSIS. Sur le Grand Transfert d’Eau, autre dossier sensible, il assure que le projet « reste une priorité » avec un démarrage visé courant 2027.

 

C’est sur l’énergie que le ton est le plus alarmiste. L’enveloppe de 790,3 milliards est intégralement maintenue : 250 milliards de la LFI initiale, 468,3 milliards de complément et 72 milliards issus du CERP. Selon le document, la dotation initiale est « intégralement consommée » et les sommes dues aux opérateurs s’élèvent à près de 320 milliards.

 

« Sans crédits additionnels, le pays risque une pénurie en carburant ainsi que des délestages répétitifs », avertit le ministère.

 

Le gouvernement écarte par la même occasion l’option, réclamée par plusieurs députés de la majorité, d’une baisse des taxes sur les carburants. Aux cours actuels, elle ne profiterait aux consommateurs qu’à hauteur de 11 milliards, mais coûterait 285 milliards par an en perte de recettes quand les cours se détendront. Une mesure jugée « régressive et impossible en fin d’exercice ». Une réforme de la structure des prix est annoncée pour 2027.

 

Sur le très contesté CERP, l’Exécutif apporte pour la première fois des détails. Les 208 millions de dollars réaffectés proviennent de quatre projets financés par l’IDA (Banque mondiale) : gestion des ressources naturelles, PROGEP II, ESPOIR Jeunes et PAMUS. Ils se répartissent entre 126,5 millions pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique et 81,5 millions pour des transferts directs à 325 743 ménages. Le gouvernement défend l’opération par son coût : 1,31% sur 31 ans, contre plus de 7% sur le marché régional.

 

Les bourses de sécurité familiale sont maintenues à 70 milliards, avec un élargissement de 355 013 à 469 497 ménages bénéficiaires.

 

Sur la gouvernance, le ministère assure que les transferts aux services non personnalisés de l’État seront supprimés en 2027, et que 156,09 milliards ont déjà été reclassés en 2026. Il chiffre les économies de fonctionnement à 87,8 milliards et rappelle la suppression de 19 entités et le repositionnement de 10 autres, pour un objectif d’au moins 55 milliards d’économies cumulées. Sur les fonds spéciaux, il s’en tient à la décision du Conseil constitutionnel du 15 octobre.

 

Reste le cadrage global, au cœur des négociations avec le FMI. Le déficit de 1 735,2 milliards (7,6% du PIB) est présenté non comme une prévision d’exécution, mais comme un « plafond d’autorisation ». Le besoin de financement total atteint 6 774 milliards, bouclé notamment par 700 milliards de financement exceptionnel et une partie de l’enveloppe de 2,2 milliards de dollars attendue du FMI. Le gouvernement prévient : tout retard dans l’adoption de la LFR ferait glisser des appuis extérieurs sur 2027.

 

Le service de la dette intérieure, qui passe de 2 825,92 milliards en LFI à 3 349,11 milliards en LFR, est justifié par des émissions postérieures à la préparation de la LFI. L’Inspection générale des finances recense par ailleurs 1 956,3 milliards d’arriérés (environ 9% du PIB), dont 967,8 milliards de dossiers réguliers.

 

Enfin, la taxe sur les transferts d’argent a rapporté 44,4 milliards à fin septembre, dont 12,49 milliards de régularisations de 2025. Le gouvernement défend son remplacement par une contribution de solidarité économique, estimée à 93,79 milliards cumulés sur 2027-2028.

 

La balle est désormais dans le camp de la Commission des finances, convoquée ce vendredi 30 octobre à 15h pour un nouvel examen.

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