NOTE POLITIQUE: PLFR 2026 : QUAND LE BUDGET RECTIFICATIF RÉVÈLE LA RÉALITÉ DES COMPTES

Par: Assane Diop
Il faut toujours regarder un budget avec sérieux. Encore davantage lorsqu’il s’agit d’un budget rectificatif.
Parce qu’une loi de finances rectificative ne raconte plus seulement ce que l’on espère faire. Elle commence à dire ce qui s’est réellement passé.
Celle qui vient d’être présentée pour 2026 mérite donc d’être regardée sans exagération, mais sans complaisance non plus.
Les chiffres sont suffisamment parlants.
La croissance attendue pour 2026 était de 5 %. Elle est désormais ramenée à 2,7 %.
Les recettes budgétaires, annoncées à 6 188,8 milliards de FCFA, sont révisées à 5 848,7 milliards.
Le déficit, initialement prévu à 5,37 % du PIB, atteindrait désormais 7,6 %.
Les recettes attendues du Plan de Redressement économique et social, le PRES, passent de 762,9 milliards à 311,5 milliards.
Et pendant que 555 milliards d’investissements sont retirés de la programmation, la charge des intérêts et commissions de la dette augmente encore de 94,6 milliards.
Ce ne sont pas des chiffres produits par l’opposition.
Ce sont les nouveaux chiffres du Gouvernement.
Il faut donc en tirer les enseignements.
*LE CONTEXTE INTERNATIONAL EXPLIQUE UNE PARTIE. PAS TOUT.*
Soyons sérieux.
Le Sénégal ne vit pas en dehors du monde. Le choc pétrolier international a profondément modifié les hypothèses sur lesquelles avait été construit le budget 2026.
Le Gouvernement l’avait d’ailleurs signalé dès le mois d’août en relevant les prix du super et du gasoil. Sans ajustement, il estimait que les subventions énergétiques auraient pu atteindre 1 069 milliards de FCFA sur l’année.
On ne peut donc pas lui imputer la hausse internationale du pétrole.
Mais reconnaître cette réalité ne doit pas nous empêcher d’en regarder une autre.
Toutes les révisions du PLFR ne viennent pas du pétrole.
Le cas du PRES est, à cet égard, particulièrement instructif.
La LFI prévoyait 762,9 milliards de FCFA de recettes issues de ce plan. Le PLFR n’en attend plus que 311,5 milliards.
451,4 milliards de recettes prévues ne seront donc pas au rendez-vous en 2026.
Dans le détail, la taxation des jeux de hasard devait rapporter 300 milliards. La prévision est ramenée à 120 milliards. Pour plusieurs autres mesures — régularisation foncière massive, taxe sur l’exportation d’or, renouvellement de certaines concessions téléphoniques notamment — aucun recouvrement n’est désormais attendu cette année.
La question est légitime : sur quelles hypothèses avait-on construit ces prévisions quelques mois auparavant ?
Un budget n’est évidemment jamais une science exacte. Mais lorsqu’une part aussi importante des recettes nouvelles attendues disparaît en cours d’exercice, il faut s’interroger sur la maturité des mesures qui avaient été inscrites dans la loi de finances initiale.
D’autant que le Premier ministre reconnaissait lui-même, le 8 septembre, que le PRES ne pouvait produire des résultats spectaculaires à court terme.
Il faut en tirer les conséquences pour l’avenir : nous devons cesser de construire nos équilibres budgétaires sur des recettes dont le rendement ou le calendrier ne sont pas suffisamment sécurisés.
*555 MILLIARDS D’INVESTISSEMENTS EN MOINS : CE N’EST PAS UN DÉTAIL*
C’est probablement le chiffre qui interpelle le plus.
Le PLFR retire 315,7 milliards de dépenses d’investissement financées sur ressources internes et 239,3 milliards sur ressources extérieures.
Au total : 555 milliards de FCFA d’investissements en moins.
Le Gouvernement explique avoir privilégié les projets les plus performants et réduit les crédits des projets présentant une faible exécution, une capacité d’absorption insuffisante ou un impact socio-économique moindre. Il faut entendre cette explication.
Mais elle ne peut pas clore le débat.
Quels projets ont été concernés ?
Dans quelles régions ?
Quels travaux seront reportés ?
Quelles entreprises ne recevront pas les commandes initialement prévues ?
Quels effets ces arbitrages auront-ils sur l’emploi et l’activité ?
Car derrière une ligne budgétaire d’investissement, il y a une route, une école, un hôpital, un ouvrage hydraulique, une infrastructure agricole, une entreprise et des emplois.
C’est pourquoi la liste détaillée des investissements réduits ou reportés devrait être rendue publique et facilement accessible.
*LE COÛT DE LA DETTE COMMENCE À SE VOIR DANS LE BUDGET*
Un autre chiffre mérite notre attention.
Les intérêts et commissions de la dette passent de 1 190,6 à 1 285,2 milliards de FCFA, soit 94,6 milliards supplémentaires.
Et le PLFR en donne lui-même les raisons : renchérissement des taux d’intérêt, dégradation de la signature du pays et recours plus important aux bons du Trésor de courte maturité.
Voilà pourquoi le débat sur la dette ne peut plus rester une bataille politique autour des responsabilités du passé.
Le passé doit être établi. Les responsabilités doivent l’être également.
Mais la question qui intéresse désormais les Sénégalais est beaucoup plus immédiate : combien la dette nous coûte-t-elle aujourd’hui et combien de ressources retire-t-elle à nos autres priorités ?
Le besoin de financement de l’État atteint désormais 6 774,2 milliards de FCFA en 2026.
Dans ce montant, l’amortissement de la dette représente à lui seul 4 516,2 milliards. S’y ajoutent 1 735,2 milliards pour financer le déficit et 300 milliards pour l’apurement d’arriérés intérieurs.
Ces chiffres permettent aussi de remettre le débat sur le FMI à sa juste place.
Un programme avec le Fonds peut contribuer à restaurer la confiance et faciliter l’accès à d’autres financements. Mais il ne saurait, à lui seul, résoudre une équation de cette dimension.
*LE PARADOXE DE L’ÉNERGIE*
Il faut également regarder ce qui se passe sur l’énergie.
Dans la LFI, les subventions étaient prévues à 250 milliards de FCFA.
Elles atteignent désormais 790,3 milliards.
Une augmentation de 540,3 milliards de FCFA.
Dans le même temps, les Sénégalais ont subi en août une augmentation de 70 FCFA par litre pour le super et de 75 FCFA pour le gasoil. Le Gouvernement explique que cet ajustement a permis d’éviter une charge encore supérieure et que les prix demeurent subventionnés.
Il faut donc sortir des réponses faciles.
La question n’est pas seulement de savoir s’il fallait ou non ajuster les prix.
Elle est de savoir comment nous sortons durablement d’un système dans lequel le consommateur paie davantage tandis que le budget de l’État continue de supporter plusieurs centaines de milliards de subventions.
Le Gouvernement annonce une réforme progressive du système, avec un meilleur ciblage des aides et une utilisation croissante du gaz national dans la production électrique. Il s’est également fixé comme objectif une réduction de 30 % du prix du kWh à l’horizon 2030.
Nous jugerons cette politique sur ses résultats.
Parce qu’au bout du compte, pour un ménage, la politique énergétique se mesure sur une facture.
*QUI VA SUPPORTER L’EFFORT ?*
Voilà finalement la question essentielle.
Le déficit augmente de 490,1 milliards de FCFA par rapport à la LFI.
Les recettes diminuent.
La dette coûte davantage.
Les investissements sont réduits.
Et l’État doit encore financer une charge énergétique considérable.
Personne ne peut sérieusement prétendre qu’une situation pareille se corrige sans effort.
Mais qui supportera cet effort ?
Les ménages ?
Les entreprises ?
Les contribuables déjà identifiés ?
Les consommateurs ?
Ou l’État commencera-t-il aussi par examiner systématiquement ses propres dépenses, leur efficacité et leur utilité ?
Le train de vie de l’État n’explique pas, à lui seul, les difficultés financières du Sénégal. Prétendre le contraire serait trop facile. Mais un État qui demande des sacrifices à sa population doit commencer par être exemplaire dans sa propre dépense.
Il faut également protéger l’investissement productif.
Parce qu’un pays ne redresse pas durablement ses finances en coupant simplement ses dépenses. Il doit aussi produire davantage, attirer des capitaux, faire grandir ses entreprises, créer des emplois et élargir progressivement sa base fiscale.
C’est d’autant plus important que le Gouvernement affirme lui-même vouloir promouvoir l’investissement productif et faire du redressement des comptes publics l’un de ses engagements majeurs.
*LE BUDGET DOIT REDEVENIR UN CONTRAT DE VÉRITÉ*
Il n’y a aucune honte à rectifier un budget lorsqu’un choc extérieur bouleverse les hypothèses initiales.
C’est précisément la fonction d’une loi de finances rectificative.
Mais rectifier oblige aussi à expliquer.
Pourquoi certaines recettes ont-elles été surestimées ?
Quels investissements sont reportés ?
Quelle trajectoire est désormais retenue pour les subventions énergétiques ?
Comment seront financés les 6 774 milliards de besoins de financement ?
Et surtout, quelle part de l’effort sera demandée aux ménages et aux entreprises ?
Le débat budgétaire qui s’ouvre doit permettre d’obtenir des réponses précises à ces questions.
Parce qu’entre la LFI et le PLFR, il ne s’agit pas simplement de quelques lignes que l’on corrige dans un tableau Excel.
Ce sont 451 milliards de recettes PRES qui disparaissent des prévisions, 555 milliards d’investissements qui sont retirés et 490 milliards de déficit supplémentaire qu’il faudra financer.
Ces chiffres méritent mieux qu’une bataille de communication.
Ils appellent un débat de vérité sur nos finances publiques, sur nos priorités et sur la manière dont le Sénégal entend retrouver des marges de manœuvre sans étouffer son économie ni faire supporter l’essentiel du redressement à ceux qui ont déjà le plus de difficultés à joindre les deux bouts.
*Abdoulaye WILANE*
*Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal*
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