GUINÉE-BISSAU : APRÈS 40 ANS DE SILENCE, UN PREMIER RAPPORT HISTORIQUE SUR LES DROITS DE L’HOMME PRÉSENTÉ À DAKAR

18/10/2026 La Rédaction 597
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Par Assane Diop

Quarante ans après la ratification de la Charte africaine, la Guinée-Bissau rompt avec une longue absence et présente à Dakar son premier rapport sur les droits humains. Un acte fort de transparence qui replace l’État de droit au cœur de ses engagements régionaux.

C’est un événement à portée symbolique et institutionnelle. Réunie à Dakar à l’occasion de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la Guinée-Bissau franchit une étape inédite : pour la première fois depuis près de quatre décennies, elle rend compte de ses obligations en matière de droits humains.

Le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, João Bernardo Vieira, est venu défendre devant la Commission le rapport national sur la mise en œuvre de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Protocole de Maputo sur les droits des femmes en Afrique.

Une première depuis 1986

L’histoire est longue. En mars 1986, la Guinée-Bissau ratifiait la Charte africaine, s’engageant à respecter ses principes et à en rendre compte périodiquement. Pendant près de 40 ans, cette obligation de rapportage est restée lettre morte, laissant le pays en marge des mécanismes régionaux de suivi.

Sa présentation à Dakar marque donc une rupture nette. Bien plus qu’une formalité administrative, elle traduit une volonté politique de renouer avec les engagements internationaux et de se soumettre à l’examen de ses pairs.

La transparence comme instrument de gouvernance

Dans l’architecture africaine des droits humains, le rapport périodique n’est pas un simple exercice diplomatique. C’est un outil de gouvernance.

Il oblige l’État à dresser un état des lieux : mesures législatives adoptées, institutions mises en place, difficultés rencontrées et progrès à accomplir. Pour la Guinée-Bissau, c’est l’occasion de faire le point sur l’accès à la justice, la protection des libertés fondamentales et le fonctionnement de ses institutions.

Pour la CADHP, c’est le cadre indispensable pour évaluer les politiques publiques et formuler des recommandations.

### Le Protocole de Maputo au centre des attentes

La portée du rapport dépasse la seule Charte. Il inclut le Protocole de Maputo, texte de référence du continent en matière de droits des femmes.

Égalité, dignité, protection contre les violences, participation à la vie publique : le document doit permettre de mesurer les avancées, mais aussi les lacunes persistantes dans un pays où les inégalités de genre restent une préoccupation majeure.

Ici, l’attente porte sur des mesures concrètes, des institutions capables de les faire appliquer et des mécanismes de suivi crédibles.

### Un signal pour l’État de droit

En choisissant Dakar pour ce retour, la Guinée-Bissau envoie un signal fort à ses partenaires africains et à la communauté des défenseurs des droits humains. Le message est clair : faire de la protection des droits fondamentaux un pilier de la construction de l’État de droit.

Reste désormais l’épreuve des faits. Cette avancée symbolique devra se traduire par des actes : renforcement effectif de l’accès à la justice, meilleure protection des citoyens, consolidation des institutions et mise en œuvre des recommandations de la Commission.

Car l’enjeu n’est pas la remise d’un document. C’est sa transformation en progrès concrets dans le quotidien des Bissau-Guinéens.

Après 40 ans de silence, une nouvelle séquence s’ouvre. Sa portée dépendra de la continuité des efforts engagés.

 

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