Guerre en Ukraine: la bombe « s » ou arme de destruction sportive (Ibrahima Diakahaté)

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Le soft power, la géopolitique par le sport !

« En faisant signer Messi, les dirigeants quataris pensent s’adjuger la ligue des champions qui les fuit depuis ! » A la réponse à ma boutade, un ami supporter, contributeur au PSG et vivant en France, m’avait rétorqué, avec un sourire : « Il est clair que si Paris gagne la ligue des champions, les dirigeants ne vont pas cracher dessus. Mais, je vais peut-être te surprendre en te faisant remarquer que la préoccupation majeure des propriétaires du PSG est à chercher dans le soft power et non dans les titres qui sont certes importantes du fait du prestige et du rayonnement mondial. Mais, ce n’est pas le plus déterminant »
Je n’étais pas convaincu, mais, à présent, suis même vaincu par… la bombe « S » ! La bombe « S », justement, c’est une terminologie pour nommer la bombe sportive par analogie aux bombes « A » dite atomique et « H » diminutif d’Hydrogène. Si les bombes « A » et « H » sont des armes de destruction massives, celle « S » est une exclusion sportive en ce sens elles sont larguées contre des pays en vue de les punir. La bombe « S » se révèle, pour l’essentiel, en interdictions, exclusions et autres sanctions infligées contre des Etats en représailles contre leur comportement belliciste. C’est donc la toute nouvelle trouvaille pour essayer de faire plier Poutine. Les bombes « S » ont, donc, été larguées. C’est la FIFA, depuis Zurich, qui avait appuyé sur le bouton rouge. Elle a suspendu tous les clubs et équipes nationales russes. L’UEFA l’avait suivi en larguant la même bombe contre la Russie. Les autres attaques à la bombe « S » feront légion par la suite : exclusion de la Russie de la coupe du monde, exclusion de la Biélorussie de la Russie des jeux paralympiques, l’exclusion des patineurs russes et biélorusses par l’Union internationale de patinage (ISU), enquête ouverte par la fédération internationale de gymnastique contre un athlète russe pour avoir affiché un signe de soutien en faveur de la Russie, Roman Abramovitch est obligé de vendre Chelsea. Même si Dimitri Rybolovlev, propriétaire de l’AS Monaco, n’est pas aussi menacé que Abramovich, des voix, de plus en plus fortes, réclament son bannissement de la principauté. Vincent Duluc justifie ces sanctions en déclarant : « Loin de l’Occident, des pays et des nations martyrisés feront valoir, à juste titre, que d’autres guerres dans le monde n’ont jamais vu les organisations majeures du sport ressentir l’obligation de choisir le camp de la victime ». Si l’on en croit les informations qui nous parviennet, la Chine elle pourrait larguer une bombe « S » du moment qu’elle menace de couper la diffusion des matchs de la 1ere ligue. Poutine pour sa part, menace même le déroulement de la coupe du monde.

Ce qui est remarquable, dès lors, c’est que le sport a fait désormais irruption sur le terrain de la guerre. Peut-être que leur identité remarquable – l’hymne national qu’ils ont en commun – a fait leur rapprochement. Toutefois, le sport comme arme de destruction sportive est une sorte de « géopolitique par le sport ». Le fonctionnement de ce principe est simple. Si la guerre veut imposer la force, la diplomatie elle cherche les compromis, les ententes et les accords entre les protagonistes ou belligérants. Si tel est le cas, les sanctions dites sportives peuvent peser dans la diplomatie du fait de l’influence en géopolitique. Cette influence ou « soft power » peut s’entendre par cette « habileté à séduire et à attirer ». S’il en est ainsi, il s’oppose alors au « hard power » ou puissance dure. Conceptualisé en 1990 par le géopolitologue américain Joseph Nye, le soft power – ou puissance douce ou influence – renvoie aux arguments non coercitifs de la puissance d’un Etat. Et, parmi ces arguments non coercitifs, figure en bonne place le sport. Ce qui fait que, sous ce rapport, certains parlent de l’importance du sport dans les relations internationales. Pour s’en convaincre, les pays se battent pour organiser des compétitions internationales en investissant des fortunes non seulement pour être choisis, aussi et surtout pour l’organisation matérielle. Les organisations des coupes du monde de foot et de rugby par l’Afrique sud, sortie de l’apartheid qui l’avait balafrée lui laissant une mauvaise image, participent à ce désir de reconnaissance internationale. De la même manière, les jeux olympiques ont permis à la Chine de refaire sa santé esthétique en matière de perception à l’étranger. De ce point de vue, le sport peut jouer le rôle de cosmétique pour un lifting de l’image-écran d’un pays.

La géopolitique par le sport et son pendant le soft power, poussent des Etas comme le Quatar (PSG), les Emirats Arabes Unis ( Manchester City) ou à des oligarques ( Abramovitch) à acheter des clubs (Chelsea, Monaco) et pas n’importe lesquels. Ceux qui sont achetés sont surtout dans des pays membres du conseil de Sécurité à l’image du Royaume Uni et de la France.
A partir de ce moment, doit-on s’accorder avec Le Monde qui parle, dans sa livraison du 3 mars 2022, de « la fin de l’âge d’or de la géopolitique par les sport » ?

Ibrahima Diakhaté Makama