GAMOU 2026 À TIVAOUANE : ABDOU FALL DÉNONCE 96 HEURES SANS EAU ET APPELLE À UNE MEILLEURE ANTICIPATION

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À Tivaouane, la célébration du Gamou 2026 a été marquée par une forte mobilisation religieuse, mais aussi par des difficultés qui ont affecté le quotidien des populations et des pèlerins. Parmi les principales préoccupations soulevées figure la pénurie d’eau. Abdou Fall, délégué du quartier Sokhna Astou Kane, affirme que plusieurs quartiers de la ville sont restés jusqu’à 96 heures sans approvisionnement régulier.
« Nous avons beaucoup souffert du fait de la pénurie d’eau qui a duré 96 heures. Pendant quatre jours, l’eau n’a pas coulé des robinets dans notre quartier et dans plusieurs autres quartiers de Tivaouane », déplore-t-il.
Pour le délégué de quartier, cette situation est particulièrement préoccupante dans le contexte du Gamou, qui entraîne une arrivée massive de fidèles dans la ville, en pleine période de fortes chaleurs. « L’eau est indispensable à la vie. Sans eau, il n’y a pas de vie », insiste-t-il, estimant que la pénurie a fortement compliqué le séjour des pèlerins et le quotidien des familles d’accueil.
LA SONES INVITÉE À MIEUX ANTICIPER
Abdou Fall estime que l’ampleur de la fréquentation de Tivaouane pendant le Gamou est prévisible et doit permettre aux services compétents d’anticiper les besoins.
« La SONES connaît mieux que nous le nombre de ménages raccordés au réseau. Elle connaît les statistiques, les capacités disponibles et les besoins habituels. Elle doit donc pouvoir anticiper la demande exceptionnelle liée au Gamou », soutient-il.
Il appelle ainsi à un renforcement des capacités de production et de distribution plusieurs jours avant le début du Mawloud. À ses yeux, l’anticipation doit notamment permettre d’identifier les quartiers susceptibles de connaître des déficits et de prévoir suffisamment de moyens de substitution.
UN DISPOSITIF DE COMMUNICATION JUGÉ INEFFICACE
Le délégué de Sokhna Astou Kane critique également le fonctionnement d’un groupe WhatsApp mis en place pour faciliter les échanges entre certains délégués de quartier et des responsables techniques.
Selon lui, les alertes transmises sur la plateforme n’ont pas toujours été prises en compte. « Lorsque nous envoyions des messages vocaux pour signaler les difficultés, ils n’étaient même pas écoutés », affirme-t-il.
Il considère qu’un tel dispositif n’a de sens que si les signalements sont rapidement traités et suivis d’interventions sur le terrain.
DES CAMIONS-CITERNES JUGÉS INSUFFISANTS
Face à la pénurie, Abdou Fall estime que les moyens d’approvisionnement d’urgence n’ont pas été suffisamment déployés dans certains quartiers.
« Pendant deux jours entiers, j’ai essayé d’interpeller les services compétents et notamment la caserne des sapeurs-pompiers pour obtenir de l’eau. Je n’ai vu aucun camion arriver dans mon quartier », affirme-t-il.
Il rapporte également qu’un chef de quartier aurait signalé l’arrivée d’un camion-citerne dont l’eau aurait dégagé une odeur d’essence. Une information qu’il appelle à vérifier, tout en soulignant que toute eau destinée à la consommation des populations doit impérativement répondre aux normes de salubrité et de potabilité.
ÉCLAIRAGE ET ASSAINISSEMENT ÉGALEMENT DANS LE VISEUR
Les difficultés, selon Abdou Fall, ne concernent pas uniquement l’eau. Il évoque également des insuffisances en matière d’éclairage public.
« On nous avait promis des lampes pour remplacer celles qui étaient grillées dans les différents quartiers. Dans mon quartier, je n’ai rien vu », déclare-t-il.
L’assainissement constitue également une source de préoccupation en raison de l’affluence exceptionnelle enregistrée pendant le Gamou. Abdou Fall évoque notamment la question des camions de vidange annoncés pour accompagner le dispositif.
Il affirme que 80 camions avaient été annoncés par l’État, alors que, selon les informations qu’il dit avoir reçues de la COSKAS, seuls 30 auraient effectivement été réceptionnés.
Pour lui, ces difficultés ne doivent toutefois pas occulter la dimension spirituelle de l’événement. « Ce n’est pas pour nier la réussite spirituelle du Gamou, mais il faut avoir le courage de parler des problèmes vécus dans les quartiers », soutient-il.
POUR UNE NOUVELLE MÉTHODE DE PRÉPARATION
Face à ces constats, Abdou Fall plaide pour une réorganisation du dispositif de préparation des grands événements religieux à Tivaouane.
Il estime que le Conseil départemental de développement (CDD) ne devrait pas constituer l’ultime étape du processus. Les engagements pris par les services techniques doivent, selon lui, être traduits en actions concrètes et faire l’objet d’un suivi régulier.
Il propose notamment une rencontre entre la mairie, les délégués de quartier, la COSKAS et les représentants de la famille religieuse après le CDD, afin de déterminer les besoins, les priorités et la répartition des interventions.
« Les besoins sont souvent supérieurs aux capacités d’offre. Il faut donc discuter ensemble, faire des arbitrages et établir une véritable planification », explique-t-il.
Cette planification devrait concerner l’ensemble des secteurs essentiels : l’eau avec la SONES, l’électricité avec la SENELEC, l’assainissement avec l’ONAS, mais aussi les autres services techniques mobilisés lors du Gamou.
LES DÉLÉGUÉS DE QUARTIER RÉCLAMENT DAVANTAGE DE RESPONSABILITÉS
Pour Abdou Fall, les délégués de quartier doivent être davantage associés à la préparation et au suivi du dispositif.
« Les agents chargés de mettre en œuvre les services doivent planifier leurs interventions dans les quartiers en collaboration avec nous. Nous devons être impliqués dans l’organisation de la fourniture de ces services », plaide-t-il.
Il considère que les responsables de quartier disposent d’une connaissance directe des réalités du terrain et peuvent contribuer à identifier rapidement les zones prioritaires, signaler les urgences et suivre la réalisation des engagements.
UN BILAN APRÈS CHAQUE GAMOU
Autre proposition avancée : instaurer une véritable réunion d’évaluation au lendemain de chaque Gamou.
« Après le Gamou, la mairie, les délégués de quartier et COSKAS doivent se réunir pour faire une évaluation objective de ce qui s’est passé. Il faut établir un rapport et l’envoyer aux autorités compétentes afin que les failles constatées soient corrigées pour l’année suivante », suggère-t-il.
Une démarche qui permettrait, selon lui, de transformer les difficultés rencontrées en enseignements pour les éditions suivantes.
ANTICIPER POUR LES PROCHAINS GRANDS ÉVÉNEMENTS
En conclusion, Abdou Fall appelle les autorités nationales et locales à revoir le dispositif d’anticipation des besoins de Tivaouane.
« Il faut prendre toutes les dispositions nécessaires pour évaluer la demande en eau au moins trois jours avant le Mawloud et trois jours après, et mobiliser tous les moyens et toutes les ressources nécessaires pour satisfaire les populations et les pèlerins », recommande-t-il.
Pour le délégué de Sokhna Astou Kane, les difficultés enregistrées lors du Gamou 2026 doivent servir d’alerte. Avec la croissance démographique de Tivaouane et l’augmentation du nombre de pèlerins, il estime que la préparation des prochaines éditions devra désormais reposer sur une planification plus rigoureuse, une meilleure coordination des services et une implication accrue des acteurs locaux.
Assane Diop
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