![]()
Face à la crise persistante de l’alimentation du bétail et à la forte dépendance aux produits importés, Mabouba Diagne entend transformer une contrainte structurelle en véritable moteur de croissance économique. À travers une stratégie ambitieuse axée sur les cultures fourragères et l’ensilage de maïs, le gouvernement sénégalais ambitionne de bâtir une industrie locale capable de générer plus de 150 milliards de F CFA tout en renforçant la souveraineté pastorale du pays.
Longtemps relégué au second plan, le fourrage apparaît désormais comme un enjeu stratégique majeur dans la politique agricole nationale. Les autorités veulent réduire les coûts élevés de l’alimentation animale qui pèsent lourdement sur les éleveurs et freinent le développement du secteur de l’élevage.
Aujourd’hui, certains sacs de foin dépassent les 8 000 F CFA tandis que les aliments industriels pour bétail sont vendus à plus de 10 000 F CFA. Une flambée des prix qui fragilise les exploitations pastorales et limite leur compétitivité sur le marché national et sous-régional.
C’est dans ce contexte que le ministre Mabouba Diagne lance un appel appuyé au secteur privé national, aux jeunes entrepreneurs agricoles ainsi qu’aux investisseurs. L’objectif affiché est clair : faire émerger une véritable industrie fourragère sénégalaise capable de satisfaire durablement les besoins du cheptel national.
Le gouvernement mise particulièrement sur l’ensilage de maïs, une technique de conservation alimentaire considérée comme rentable et adaptée aux réalités climatiques du Sénégal. Selon les projections avancées par le ministère, un hectare pourrait produire plus de 40 tonnes de matière fourragère et générer jusqu’à 4 millions de F CFA de chiffre d’affaires.
Au-delà des performances agricoles, les ambitions sont également économiques et sociales. En augmentant significativement la production locale, les autorités espèrent réduire presque de moitié le coût des aliments destinés au bétail. Le prix du sac pourrait ainsi être ramené autour de 5 000 F CFA, offrant un véritable soulagement aux éleveurs confrontés à la hausse continue des charges de production.
L’État vise désormais l’exploitation de 50 000 hectares dédiés aux cultures fourragères. Une étape jugée déterminante pour atteindre l’autosuffisance en lait, en viande rouge et même en moutons de Tabaski.
Avec une production estimée à près de 1,5 million de tonnes, la filière pourrait générer plus de 150 milliards de F CFA de chiffre d’affaires, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle économie rurale fondée sur la transformation locale et la valorisation des ressources agricoles.
À travers cette stratégie, le gouvernement cherche également à répondre au déficit chronique d’alimentation du bétail observé durant certaines périodes de l’année. Pour les autorités, il devient impératif de bâtir un modèle d’élevage plus autonome, durable et compétitif.
Derrière cette vision se profile aussi une volonté de moderniser l’agriculture sénégalaise en créant de nouvelles opportunités d’emplois dans les zones rurales, notamment pour les jeunes porteurs de projets et les coopératives agricoles.
Pour Mabouba Diagne, l’avenir de l’élevage sénégalais passera inévitablement par une production locale forte, capable de sécuriser les chaînes d’approvisionnement tout en stimulant la croissance économique nationale.
Assane Diop



