ÉMISSION JAKAARLO/ LICENCES DE PÊCHE : LES PRÉCISIONS DU DG DE LA SIRN

ÉMISSION JAKAARLO/ LICENCES DE PÊCHE : LES PRÉCISIONS DU DG DE LA SIRN

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Le monde va entrer inexorablement dans une phase de mutation sans précédent, du fait du COVID-19. Ce virus a déjà laissé des traces indélébiles à tous points de vue. Il nous appartient à tous individuellement et/ou collectivement d’en tirer des leçons; en partant des systèmes sanitaires, en passant par les volets économique, industriel, social et j’en passe !
C’est pourquoi aujourd’hui, le leitmotiv partout dans le monde, y compris au Sénégal avec le Programme de Résilience Économique et Social (PRÈS) du Président Macky Sall, c’est comment stabiliser les acquis, mais surtout comment transformer cette crise en atouts.
Il n’est point besoin de rappeler les détails des ravages que cette pandémie sème en Occident notamment. Mais ce qu’il faut surtout relever, c’est que toute la planète a les yeux rivés sur l’Afrique, malheureusement toujours dans le mauvais sens, parce qu’attendant que notre continent se mette à compter ses morts. Dans le même sillage, nous sommes attendus dans nos capacités de résilience économique face aux enjeux qui se profilent à l’horizon.
Justement, au soir du Vendredi 24 Avril 2020, un thème portant sur un éventuel octroi de licences de pêche à des bateaux chinois s’est invité à l’émission JAKAARLO sur la TFM.
A l’entame de l’émission, un postulat a été posé à savoir que le Sénégal ne fabrique pas de « gaal » (ce qui peut signifier pirogues, bateaux, navires etc..).
Pourtant si, et c’est de notoriété publique, nos aïeux ont toujours construit des pirogues, mais pour actualiser la problématique, je dois ajouter que le Sénégal est également entré dans l’ère de la construction navale moderne, avec la mise en service de la 1ère usine structurée de fabrication d’embarcations en fibre de verre par CFAO, le 29 Janvier 2019 à Ouakam.
Cependant, je comprends bien qu’un des fondements qui a sous-tendu les débats, a surtout porté sur l’absence d’une vraie flotte nationale industrielle , ouvrant ainsi de larges fenêtres aux étrangers ( Russes, Chinois , Coréens etc.) pour perturber perpétuellement nos rangs ! La tournure personnalisée des discussions sur le plateau en est une preuve palpable. Alors que nous avons plutôt besoin d’une stratégie structurante offensive.
DOIT-ON ENCORE CONTINUER SUR LA MÊME LANCÉE, AUJOURD’HUI QUE NOTRE PAYS VIENT D’AVOIR 60 ANS ? ASSURÉMENT NON !
Ce magnifique pays de la Téranga, le Sénégal, dispose d’atouts naturels de premiers ordres:

  • sa position avancée sur l’océan Atlantique ;
  • la longueur de ses côtes maritimes: 718 kms ;
  • la géographie et l’importance de son réseau fluvial;
  • la densité et la disparité de ses îles ;
  • l’histoire et l’importance socio-économique des activités de pêche informelle pour les centaines de milliers de personnes qui s’y activent bon an mal an, mais également pour les millions de consommateurs de produits halieutiques;
  • l’énorme potentiel humain du pays dans le domaine de la technologie navale, fut-elle artisanale ;
  • l’incontournable problématique du transport fluviomaritime interne (passagers, médical et marchandises), sous régional et international ;
  • la construction de nouveaux ports (Bargny, Ndayane, Ndakhonga..) ;
  • la stratégique dimension de l’équipement de nos corps militaires et paramilitaires ;
  • le vital secteur du tourisme et ses corollaires, notamment la nécessité de disposer d’une flotte de plaisance nationale ;
  • les substantielles activités offshores qui se profilent à l’horizon avec la découverte de gisements de pétrole et de gaz;
  • l’énorme potentiel de la Falémé avec 630 millions de tonnes prouvées de mines de fer ;
  • l’existence et le fonctionnement sous concession d’un chantier de réparation navale (DAKARNAVE) ;
  • la lancinante question de l’évacuation de nos importantes productions agricoles dans le Nord et le Sud notamment.
    Cette crise mondiale et les atouts énoncés prouvent que moment ne peut être plus opportun, pour créer une industrie navale nationale et multidimensionnelle, porteuse de souveraineté gage du consommé local, de création d’emplois et de richesses, de maîtrises technique et technologique…
    Aujourd’hui, les véritables enjeux pour l’Afrique en général, dont le Sénégal pourrait être un porte flambeau, c’est de quitter la zone rouge des dépendances de tous ordres; masques, médicaments et autres produits industriels.
    La bataille ne devrait plus se faire contre ou pour des Chinois via des pavillons battants Sénégalais.
    L’une des vraies batailles de notre secteur :
  • c’est de faire en sorte que les milliards mobilisés par nos investisseurs locaux pour acheter des navires d’occasion puissent être dépensés sur le marché national pour acquérir des bateaux flambants neufs ;
  • c’est également d’amener les nationaux capables de dépenser ces mêmes milliards ailleurs, à participer à l’édification d’un tissu industriel naval digne de ce nom, aux côtés de partenaires stratégiques.
    Le corollaire d’une telle politique, je le rappelle, est entre autres la création d’emplois et de richesses.
    S’agissant des emplois :
  • Une usine de construction d’embarcations en fibre de verre de capacités de production de 1000 unités par an, emploie au minimum 200 personnes en permanence.
    Il s’y ajoute qu’en moyenne, chaque unité produite, emploie 6 personnes en exploitation, ce qui fait 6 000 emplois en permanence pour une seule année de production, bien entendu compte non tenu des emplois connexes.
  • Parallèlement, une usine de construction de navires emploie pour sa rentabilité en permanence autour de 400 personnes. En exploitation, et en fonction de la nature et de la taille du navire (pêche, tank, croisière etc..), l’équipage à lui seul peut dépasser la centaine de personnes.
    Pour ce qui est de la création de richesses :
  • Un chantier de construction navale, même de petite taille, nécessite d’importants investissements et génère de grosses masses salariales. Nonobstant tout le flux financier qui s’articule autour des activités dédiées à l’unité navale en activité (par exemple : 1000 embarcations en FRP peuvent générer un chiffre d’affaires d’environ 60 milliards FCFA par mois).
    Dès lors je ne peux m’empêcher, dans cette période où tous les secteurs d’activités du monde s’apprêtent à se monter sur les starting-blocks pour ne pas rater le démarrage d’un nouvel ordre mondial, de mettre en exergue les incommensurables avantages d’un pan de notre économie maritime, pour l’avènement d’une véritable industrie structurante et productive.
    La transversalité de la logistique navale pour notre économie nationale est une évidence. Dans le contexte actuel, une barge dont la fabrication relève d’une technologie très simple aurait convoyé, en un temps record, l’aide alimentaire du gouvernement vers le Nord et le Sud via le centre, au grand bénéfice de nos populations mais également de l’état de nos routes
    Dans le même temps, un minimum de ressources aurait permis de fabriquer des embarcations médicalisées pour faire face à une éventuelle crise sanitaire dans les îles.
    En définitive, il convient de réaffirmer que l’heure est donc venue de tirer tous les avantages possibles de la construction navale qui, à moyen terme, pourra participer avec force à faire du Sénégal un vrai hub naval.
    Samba Ndiaye
    DG de la SIRN