CONTRIBUTION CITOYENNE RESPECTUEUSE, ADRESSÉE À MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, À L’OCCASION DU DIALOGUE NATIONAL SAMBA DIOULDE THIAM

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Veuillez accepter, Monsieur le Président de la République, qu’un assez vieux gaynaako sénégalais vous adresse ces quelques réflexions.

Monsieur le Président de la République ;

Des débats font rage dans le pays et tout se ramène à une thématique : s’imposer pour gouverner ! Personne ne devrait s’imposer ou être imposé pour gouverner un pays. Sinon, c’est la force qui impose de gouverner. Cela a un nom : dictature !

S’imposer pour gouverner est une pensée vénéneuse inadmissible en République. Une telle prétention devenue loi est révélatrice des graves dangers qui hypothèquent notre avenir démocratique. Une banalisation d’un tel état d’esprit révèle une pente vers l’enfer politique de toutes les formes de dictature. Tout ce qui contribue à la réalisation d’un tel projet est une trahison de la République et de l’Etat.
Dire moins c’est manquer à son devoir envers la Nation malmenée, harcelée et considérée comme une passoire des affects. La justice a été mobilisée pour ce projet.

L’actuelle ministre de la justice a fait feu jusqu’à pétiller sans résultat. L’assemblée nationale a pris le relais et a légiféré sous le régime de l’urgence accélérée pour l’aboutissement de l’ignoble projet. Et mieux la loi s’appliquerait au passé !

En seconde lecture, l’assemblée a expédié l’affaire en super urgence. Quelle régression. L’Assemblée nationale est transformée en instrument pour l’instauration de la dictature et du culte de la personnalité. Elle a légiféré pour une personne permettant que n’importe quel quidam brigue la responsabilité de Président de la République et ce faisant, elle s’illustre dans le sens de le faux monnayage politique.

L’imposition d’une candidature à la présidentielle a été le programme gouvernemental depuis votre installation, apparemment sans votre accord. Tous les malheurs du pays en résultent, et maintenant qu’une assemblée féale a consommé son acte, la campagne électorale pour 2029 s’emballe.

Nouveau régime et cinq ans de campagne électorale !

Une actualité continue secoue le pays jusque dans ses fondements : l’homosexualité, qui s’invite également dans le débat politique. Toutes les conséquences de droit devront en être tirées, sans épargner personne, quel que soit la fonction occupée dans l’Etat ou le rang social ou spirituel.

De pratique supposément privée, thèse défendue par beaucoup de droit-de-l’hommistes, voilà que toute la société est en ébullition. Il y a un an une figure politique française, hôte du Premier Ministre, livrait une gravissime leçon pour la défense et l’illustration de l’homosexualité devant notre jeunesse conviée à l’initiation.

L’actualité du fait a dépassé et déjoué toutes les prévisions des prêtres de l’homosexualité. Puisque le diable est sorti de sa bouteille, il faut s’en occuper. Ainsi, le voile déchiré de la vie privée rattrape la société politique : la vie privée intéresse, sous bien des rapports, la gestion de la cité au plus haut niveau.

Une question redoutable est adressée à la société sénégalaise : est-elle prête à élire des dépravés sexuels ou de la luxure, des malades mentaux, des agents de l’étranger à sa tête et à tous les rouages de la représentation politique ? Si oui, il ne reste qu’à en prendre acte et à avancer. Si non, il faut non seulement le traduire dans nos textes électoraux, mais, ce qui est encore plus important, éliminer impitoyablement dans les urnes ce genre de personnes, au cas où la loi n’y suffirait pas.

L’Europe, comme les Etats-Unis, a décidé du sort de l’homosexualité dans ses terres. C’est la norme de sa vie sociale, publique, culturelle et étatique. Les hommes s’y marient avec des hommes, des femmes avec des femmes, bien que des hommes continuent de vivre avec des femmes. Le protocole étatique s’y est adapté. Les lois punissent sévèrement ceux qui en objecteraient, les contraignant au silence ou à l’exil.

Les images et les récits à ce sujet sont partout. C’est leur liberté et leur décision. Là où il y a problème, c’est quand ils veulent en faire une valeur et une norme universelles imposables au reste du monde. Nous appartenons au reste du monde. Notre état de faiblesse économique, militaire, technique… nous place-t-il dans la contrainte de subir l’homosexualité sans broncher ?

Comme la vie continue son chemin, nous devons essayer de rester en vie, quelles que soient les épreuves. Apparemment, le Sénégal aurait en ce moment un problème de régime politique : faut-il enterrer le régime présidentiel pour un régime parlementaire ou même mieux un régime unipersonnel, comme il existe des sociétés unipersonnelles ! L’ Assemblée, elle, ne fait pas mystère de sa position en rimant que régime parlementaire égale régime unipersonnel.

Également, semble faire unanimité la fausse bonne idée que « tout Sénégalais pourrait diriger le Sénégal ». L’idée est saugrenue et l’unanimité prétendue est une illusion et un recul dangereux. Semblable opinion n’existe dans aucun pays du monde et ne pourrait pas être une exception sénégalaise. Partout des barrières existent pour exercer énormément d’activités. Toute activité humaine organisée est règlementée, formellement ou implicitement, par le droit, la morale, l’éthique, la tradition….

Quelqu’un qui n’a fréquenté aucune école ne peut pas prétendre enseigner ; de même, quelqu’un de totalement étranger à la santé ne peut pas publiquement postuler à soigner. Un maçon ne pas se voir confier la construction d’un pont ou d’un avion.

Alors pourquoi en serait-il différemment pour la représentation des citoyens à tous les niveaux ? A plus forte raison s’il s’agit du plus haut niveau de l’Etat. Plus les barrières à l’entrée pour la représentation des citoyens sont basses, moins sera la qualité et l’efficacité de notre gouvernance, plus l’exposition à la corruption, au détournement des deniers publics, la disposition à trahir les intérêts de son pays sera forte. Ne nous y trompons pas, car il en va de l’avenir de ce pays et de ce peuple. Plusieurs actes administratifs de la vie courante nécessitent une enquête, l’établissement d’un certificat de bonne vie mœurs, la fourniture d’un casier judiciaire, un certificat de résidence…

Par exemple le certificat de bonne vie et mœurs est exigée ou est exigible quand quelqu’un est en charge de l’éducation des jeunes enfants. Tout le monde comprend l’évidence de cette exigence. Tout Etat doit se protéger et protéger son territoire, ses ressources, ses intérêts et ses citoyens.

Pourquoi les hommes politiques devraient-ils alors bénéficier de licences comportementales ou des exemptions judiciaires ? Le contrôle postérieur ne doit pas exclure le contrôle préalable, c’est du bon sens. Equilibrer les pouvoirs exécutifs est une marotte qui semblerait tout résoudre. Voilà encore une prégnance de la pensée magique. Voyons ce qu’il en est dans le monde.

Qu’en est-il des régimes parlementaires ? Des élections définissent la répartition des forces politiques en compétition. Si un parti ou une coalition dispose de la majorité, son leader exerce le pouvoir d’Etat, donc l’exécutif, selon les dispositions de la constitution.

Tant que sa majorité ne le conteste pas, il gouverne. Son seul souci sera la cohésion de cette majorité, hormis l’évolution du comportement des forces sociales organisées, de l’opinion publique et de la rue.

Dans une véritable coalition comme dans un véritable parti, les ajustements internes sont constants, jusqu’à l’apparition de désaccords profonds pouvant conduire à des ruptures, par implosition ou par explosion. Dans le temps du maintien au pouvoir de la majorité parlementaire, son leader est un président nomade avec un contrat à durée variable (CDV).

Dans les régimes parlementaires, le Chef de l’exécutif s’appelle Premier ministre et dans les régimes présidentiels il s’appelle Président de la République. L’un ou l’autre dirige le pouvoir exécutif dans la période du mandat, aléatoire pour l’un, non aléatoire pour l’autre. La loi du fonctionnement d’un régime parlementaire est banale et redoutable : un parti disposant de la majorité absolue est une royauté ; dans le cas contraire la règle est : je te tiens, tu me tiens, on négocie tout !

La recherche permanente des ententes et des équilibres sur les orientations de l’action gouvernementale et la distribution des postes ministériels est grosse d’instabilité et de fin demandat prématurée. Dans tous les cas où le pays est stable politiquement, c’est à dire quand le Chef de l’exécutif est en cohérence avec la majorité parlementaire, le chef est vraiment un Chef, avec des pouvoirs d’un chef, le parlement demeurant une banale chambre d’enregistrement.

Que des débats de qualité soient portés par des députés de qualité, de la majorité ou de l’opposition, ils ne feront pas la décision qui sera conforme à ce que décide le donneur d’ordres. Le seul cas de cohabitation de fait en régime présidentiel se présente quand le Président n’a pas de majorité dévouée à l’assemblée nationale. Ce qui est le cas du pays depuis deux ans.

La grande leçon de science politique, confirmée par le nouveau régime, nous revient à la figure : en régime présidentiel, le Président doit être l’âme de sa majorité parlementaire. Dit autrement, un président de la République doit être maître de sa liste aux législatives ! Les décisions de l’exécutif, dans toutes les organisations du monde, sont exercées par un homme ou une femme, la codirection exécutive n’existant pas. Le texte fondamental de l’organisation affecte les attributions de tous les organes qui concourent à la prise des décisions, à leur exécution et à leur contrôle. Le degré d’habilitation relève du souci de l’efficience.

Quel que soit le régime politique du Sénégal, quelqu’un sera à la tête du pays et gouvernera. Il aura des pouvoirs exorbitants, à commencer par la définition de la politique de la Nation, la tutelle sur les forces armées et de sécurité. Ce monsieur aura besoin de l’appui d’une majorité à l’assemblée nationale sinon, soit il retourne devant les électeurs prématurément, soit il est l’otage du détenteur de la majorité, soit il dissout la chambre dès que la Constitution le permet.

L’illusion d’un Président de la République aérien sans solide base parlementaire est définitivement enterrée. C’est un avertissement solennel à ceux qui veulent être Président sans un solide parti politique. Curieusement, ce que nous vivons réhabilite le besoin de partis politiques. Le parti sera nécessaire pour la compétition aux diverses élections. Il fournira le vivier du personnel politique nécessaire au fonctionnement de l’appareil étatique non spécialisé. Il sera nécessaire pour la liaison avec le tissu social et territorial. Sans être exhaustif, il sera nécessaire pour ne pas être l’otage de la rue publique. L’idée de beaucoup est de se dire : gagner l’objectif le plus difficile, puis faire élire ses députés à partir de la fonction présidentielle.

Le schéma peut marcher, mais il n’est pas optimum parce que le personnel politique ainsiconstitué sera hétéroclite, sans vision partagée et sans épreuves communes traversées. La contribution réflexive au projet présidentiel est absente, les gens rassemblés sont une foule et non une communauté soudée. La bataille pour des intérêts personnels, à travers le positionnement pour les postes et les privilèges personnels, prendra le pas sur la mobilisation pour le succès de la cause commune, inexistante.

Le Président de la République sera seul face aux pressions et manœuvres des appareils de l’Etat. Les Sénégalais(es) ne manquent vraiment pas de génie. Le changement de régime ne changera rien à l’état économique et social du pays. Il n’est pas une urgence, mais une illusion de plus, une fuite en avant. Il faut se mettre au travail et arrêter les caxâneris, bosser, encore bosser, toujours bosser, pour faire un coucou au Président Abdolaye WADE, pour son centenaire. Longue vie, Président WADE. A votre âge vous n’avez plus d’adversaires et d’ennemis. Tous les Sénégalais, femmes et hommes, sont votre famille, le Sénégal est votre pays. Vous avez fait rêver le pays. Yaa wuurdu e cellal haa yeeso, Mawdo Abdoulaye WADE traduit en « vivez plus longtemps en bonne santé, Patriarche Abdoulaye WADE l ».

S’agissant maintenant de la nature démocratique d’un régime, elle ne dépend pas du statut de celui qui sera à la tête de l’exécutif. Cette nature se mesure à l’aune des droits réels des citoyens, y compris surtout ceux qui limitent le pouvoir de l’exécutif de nous pomper l’air pour un oui ou un non, de nous envoyer en prison selon son bon vouloir ou son humeur, les comptes personnels à solder, de décider de ce que nous devons entendre ou voir, de manger et de vomir.

Aujourd’hui, la pensée et la parole des Sénégalais(es) sont bridées. Un mot prononcé envoie son auteur en prison, la « procurature » devant une police de la pensée et de la parole ! Quelle tristesse et quelle perte d’énergie et de ressources ! La démocratie c’est également l’accès à une sante de qualité et de proximité pour tous, une école publique pour nos enfants et petits-enfants, la disponibilité des emplois décents et variés pour en vivre dignement, le développement de toutes nos régions, …

La démocratie ne se réduit pas à désigner un président de la République ou si cela advenait, une majorité parlementaire gouvernante, des députés et des conseillers. Cette désignation ne dessaisit pas les citoyens de leurs droits de regard sur la chose publique, gérée en leur nom. Forts de tout cela, les Sénégalais(es) savent qu’ils ont des devoirs envers leurs familles, leurs diverses communautés et envers la Nation et l’Etat. Ils élèvent leurs enfants et malgré tout l’Etat a le droit de les mobiliser pour aller en guerre ! Ils payent des impôts et n’osent pas défier la justice.

Pourtant, les citoyens ne sont plus des sujets selon les nouvelles doctrines sociales ; ils ne sont plus redevables à ceux qu’ils désignent. Au contraire, les désignés, rémunérés et grassement payés, devraient leur être redevables et bien faire le job pour lequel ils sont élus. La manipulation réside dans le fait d’élire des serviteurs bien payés au-delà de ce qu’ils rapportent et qui se convertissent en seigneurs et maîtres. Voilà l’illusion démocratique. Si l’on a vraiment besoin d’un premier et simple critère d’évaluation de nos dirigeants, il suffirait de rendre obligatoire, par une loi inscrite dans le marbre de la constitution, la pesée de tous les élus, à la prise de fonction, chaque année et en fin de fonction.

Si l’on veut aller plus loin, la même loi devrait s’appliquer à tous les fonctionnaires de l’Etat, sous la supervision de la haute Cour de Justice à venir. Puis que l’OFNAC est impuissant à faire appliquer la déclaration obligatoire de patrimoine par les soumis, l’Armée pourrait être chargée d’assurer le Secrétariat de la Haute Cour pour la nouvelle responsabilité, avec obligation de rendre publique la liste de tous. Publier une simple liste de la pesée des gouvernants et des fonctionnaires suffit à cette étape pour déclencher une formidable révolution.

Monsieur Le Président de la République, avec le respect de votre fonction, je vous suggère humblement d’ajourner votre projet institutionnel et de vous approprier seulement l’idée de la pesée. Cette idée pèse plus lourd que tout Projet de transformation politique et sociale. Si nous nous mettons à nous peser chaque année, le gras qui ruine la santé du pays, des Sénégalais et de la richesse nationale nous procurera les ressources de notre développement, avec une meilleure forme pour la Nation. Et vous déclencherez une véritable révolution inarrêtable.

Monsieur le Président de la République, le vieux gaynaako sénégalais que je suis vous fait parvenir le message ci-après qui m’a été confié : la vache nommée Sénégal se plaint que ses veaux (les sénégalais(es)) n’accèdent plus à leurs justes parts de son lait, parce que de faux bergers et vrais bouchers ne pensent qu’à remplir leurs outres, sans se soucier du cycle des saisons. Elle peine et appelle au secours !

Avec mes respects renouvelés, Monsieur le Président de la République,

Samba Diouldé THIAM