CALENDRIER ÉLECTORAL : LE SÉNÉGAL DOIT-IL CÉDER À LA PRÉCIPITATION ?

![]()
L’obsession autour du calendrier électoral pourrait constituer une grave erreur de trajectoire pour le Sénégal. Alors que le pays cherche encore à consolider ses fondations socio-économiques, à assainir ses finances publiques et à restaurer l’efficacité de son administration, vouloir fixer coûte que coûte une échéance électorale risque de détourner l’attention des véritables urgences nationales.
Pour un État engagé dans une phase de redressement, l’agenda politique ne devrait pas dicter celui du développement. La précipitation électorale a souvent eu pour effet de transformer le débat public en compétition permanente pour le pouvoir, au détriment de la rigueur dans la gestion et de la mise en œuvre des réformes structurelles.
En poussant constamment le président de la République à se prononcer sur une date, le régime, l’opposition et une partie de la société civile pourraient contribuer, paradoxalement, à enfermer le pays dans un nouveau cycle de tensions politiques. Une fois le calendrier électoral arrêté, l’action gouvernementale risque inévitablement d’être perturbée par la logique de campagne. Les investissements de long terme peuvent être ralentis, les réformes reléguées au second plan et les calculs électoralistes reprendre le dessus.
L’ÉLECTION NE PEUT ÊTRE L’UNIQUE MESURE DE LA DÉMOCRATIE
Une démocratie ne se résume pas à la régularité des rendez-vous électoraux. Elle repose également sur la solidité des institutions, l’efficacité de la justice, la stabilité sociale et la capacité de l’État à garantir des conditions de vie dignes à ses citoyens.
Réclamer un scrutin à tout prix, sans tenir compte de la viabilité des réformes engagées ni de la situation économique du pays, reviendrait à poser un vernis électoral sur des fondations qui nécessitent encore d’être consolidées.
L’opposition, comme la société civile, a certes un rôle essentiel à jouer dans la défense des principes démocratiques. Mais ce rôle ne devrait pas se limiter à réclamer une date. L’opposition doit également être une force de proposition et de contrôle constructif, capable d’alimenter le débat national sur les politiques publiques et de proposer des alternatives crédibles.
La société civile, pour sa part, gagnerait à concentrer une partie de sa vigilance sur la réussite des réformes institutionnelles, la transparence de la gouvernance, le redressement économique et l’amélioration des indicateurs sociaux.
LES PRIORITÉS SONT AILLEURS
Le Sénégal n’a plus le luxe de s’enliser dans les querelles d’appareil et les postures politiques. L’urgence est aujourd’hui économique et sociale.
Maîtrise du coût de la vie, souveraineté alimentaire, réorganisation des filières stratégiques, création d’emplois durables pour la jeunesse, amélioration des services publics et assainissement des finances de l’État constituent autant de chantiers qui nécessitent du temps, de la méthode et de la continuité.
Aucune de ces problématiques complexes ne trouvera de solution miracle dans l’organisation précipitée d’un scrutin. Au contraire, une nouvelle bataille électorale pourrait raviver les divisions et détourner les acteurs publics des priorités nationales.
LE POUVOIR DOIT AUSSI ÉVITER LE PIÈGE DE LA PRÉCIPITATION
Le pouvoir en place doit, lui aussi, faire preuve de responsabilité. Résister aux pressions politiques et médiatiques ne signifie pas refuser le principe démocratique. Cela peut aussi signifier vouloir créer les conditions nécessaires à une consultation électorale crédible, apaisée et utile à la stabilité du pays.
L’enjeu pour le régime est surtout de démontrer que les engagements pris ne relevaient pas uniquement d’une stratégie électorale, mais d’une véritable ambition de transformation et de redressement national.
Le Sénégal doit sortir de ce cycle dans lequel chaque élection semble devenir le point de départ d’une nouvelle crise. La maturité politique commande aujourd’hui de distinguer le temps électoral du temps de l’action publique.
Il ne s’agit pas de confisquer la démocratie ni de remettre en cause le principe de l’alternance. Il s’agit plutôt de faire en sorte que la prochaine consultation populaire se déroule dans un environnement institutionnel, économique et social suffisamment stable pour permettre aux citoyens de choisir librement et sereinement.
L’histoire ne retiendra pas seulement la rapidité avec laquelle une date électorale aura été fixée. Elle retiendra surtout la capacité des dirigeants, de l’opposition et de la société civile à sortir le Sénégal de ses difficultés structurelles.
La véritable question n’est donc peut-être pas seulement de savoir quand les Sénégalais retourneront aux urnes, mais surtout dans quel état économique, social et institutionnel ils y retourneront.
Articles similaires
OUSMANE SONKO RÉAFFIRME SON ENGAGEMENT CONTRE LA CORRUPTION ET LA MAUVAISE GOUVERNANCE
Dans une nouvelle déclaration publiée sur sa page Facebook, le Premier ministre Ousmane Sonko a réitéré ses engagements de longue date contre la corruption et…
Lettre du Collectif des associations de presse (CAPE) au chef de l’Etat: « Excellence, rendez-nous notre Maison de la presse »
Lettre du Collectif des associations de presse (CAPE) au chef de l’Etat: « Excellence, rendez-nous notre Maison de la presse »
LA JEUNESSE D’ABDOUL MBAYE REMONTE LES BRETELLES A YAKHAM MBAYE
UN DÉBILE NE SERA JAMAIS PLUS QU’UN DÉBILE
Le Sénégal installe son cinquième président de la République, Bassirou Diomaye Faye
Une cérémonie d’investiture historique rassemble des chefs d’État et de gouvernements de renom Ce mardi 02 Avril 2024, marque un moment décisif dans l’histoire politique…
