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Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko, les démissions s’enchaînent.
Par allégeance. Par solidarité. Par émotion.
Certaines sincères. D’autres calculées. Toutes, à mes yeux, 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞́𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐦𝐚𝐥 𝐢𝐧𝐬𝐩𝐢𝐫𝐞́𝐞𝐬.
Permettez-moi de dire ce que beaucoup pensent sans l’oser.
𝐕𝐨𝐮𝐬 𝐧’𝐚𝐯𝐞𝐳 𝐩𝐚𝐬 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐧𝐨𝐦𝐦𝐞́𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞.
Vous avez été nommés pour servir un pays, le Sénégal, peuple, les sénégalais.
Ce peuple qui s’est levé tôt le matin du 24 mars 2024.
Qui a fait la queue. Qui a attendu. Qui a voté.
Pas pour Sonko. Pas pour Diomaye.
𝐏𝐨𝐮𝐫 𝐥’𝐢𝐝𝐞́𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐨𝐬𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫.
Démissionner parce que celui qui vous a recommandé est parti, c’est confesser publiquement que votre loyauté n’a jamais appartenu à l’Etat. C’est dire, sans le dire, que vous étiez là pour lui — pas pour eux.
Et ça, c’est une faute morale.
𝐕𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐮𝐫𝐢𝐞𝐳 𝐝𝐮̂ 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐥𝐮𝐢
Rester. Travailler. Résister par la présence.
Et attendre d’être limogé, si limogeage il devait y avoir.
Ça, ça aurait eu de la valeur.
Ça aurait dit quelque chose de fort : que vous croyez au projet plus qu’à l’homme. Que vous êtes assez solides pour travailler sous une autorité qui n’est pas celle que vous auriez choisie. Que le service public n’est pas un club privé qu’on quitte quand le président du club change.
La démission choisie dans ces circonstances n’est pas un acte de bravoure.
C’est un acte d’abandon.
Abandonner son poste. Abandonner ses dossiers.
Abandonner les citoyens qui dépendent de ces dossiers.
𝐄𝐭 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 — 𝐩𝐚𝐫𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞𝐳 𝐥𝐚 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜𝐡𝐢𝐬𝐞 — 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫.
Rester en poste, c’est garder un pied dans la réalité du pouvoir.
C’est ne pas se couper de l’information, des leviers, des processus.
C’est pouvoir, le moment venu, peser sur les décisions de l’intérieur.
Partir dans l’émotion du moment, c’est se condamner à commenter de l’extérieur ce qu’on aurait pu influencer de l’intérieur.
La politique ne récompense pas les gestes theatraux.
Elle récompense la présence. La durée. La capacité à tenir.
𝐈𝐥 𝐲 𝐚 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫𝐞𝐮𝐬𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐚𝐥𝐥𝐞.
Celle qui consiste à croire que la fidélité à un homme est une vertu politique.
Non.
La fidélité à un homme, en politique, s’appelle du clientélisme quand elle monte.
Elle s’appelle de la servilité quand elle descend.
𝐋𝐚 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞 𝐟𝐢𝐝𝐞́𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐧 𝐝𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐞, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐝𝐞́𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐢𝐝𝐞́𝐞.
A un projet. À un peuple. À des institutions. À la république.
Si vous croyez sincèrement que ce que PASTEF portait était juste ; la rupture, la souveraineté, la justice, la reddition des comptes ; alors restez et portez-le, quel que soit le nom du président qui vous supervise.
Sinon, avouez que vous portiez autre chose.
𝐋’𝐇𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐣𝐮𝐠𝐞𝐫𝐚.
Elle jugera ceux qui sont restés, pas ceux qui sont partis en claquant la porte.
Elle jugera ceux qui ont continué à construire quand il était plus facile de rejoindre les rangs de l’opposition confortable.
Elle jugera ceux qui ont choisi leur peuple plutôt que leur camp.
On ne démissionne pas d’un pays.
On ne démissionne pas d’une promesse faite à un peuple.
On tient — ou on n’aurait pas dû accepter.



