LA CRISE POLITIQUE AU SÉNÉGAL : UN DUEL INÉVITABLE AU SOMMET DE L’ÉTAT

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Dans une tribune publiée dans le magazine *Le Point*, Adrien Poussou, ancien ministre et expert en géopolitique, analyse la crise latente au sommet de l’État sénégalais. À ses yeux, le Sénégal se prépare à revivre une réalité historique : « à Dakar, les duos finissent presque toujours en duels ». Cette dynamique ne concerne pas seulement des personnalités, mais révèle une mécanique institutionnelle qui sapent les amitiés les plus solides.

Le « pacte implicite » rompu du Pastef

Poussou rappelle que l’ascension de Bassirou Diomaye Faye repose sur une alliance politique née de l’empêchement d’Ousmane Sonko. Ce pacte, essentiel pour la victoire électorale, se heurte désormais à la réalité du pouvoir. L’expert souligne que le président s’éloigne de ses engagements, ce qui pourrait expliquer la rébellion actuelle de son Premier ministre.

Dans l’esprit des militants, le président était le « dépositaire provisoire d’une victoire promise au parti, censé transmettre le flambeau à Ousmane Sonko après son mandat ». Cependant, la réalité politique a pris le dessus. Poussou souligne que le Président a cédé à la pression des « professionnels de la transhumance politique » qui l’entourent, notamment ceux qui « encourageaient Macky Sall à envisager un troisième mandat ».

Un avertissement ancré dans l’Histoire

S’appuyant sur son expérience, Poussou évoque un précédent marquant : le conflit entre Senghor et Mamadou Dia en 1962, où une brève période de concorde se transforma en un « duel fondateur ». Pour lui, la leçon est claire : « les promesses de fraternité ne résistent que très rarement à l’épreuve du pouvoir ».

Il porte un regard critique sur des événements similaires en France, notamment en 1995, où Édouard Balladur, animé par une « ambition dévorante », trahit son ami Jacques Chirac après trois décennies d’amitié.

Prévision troublante : Ousmane Sonko vers la sortie

La conclusion d’Adrien Poussou est préoccupante. Selon lui, le divorce entre les protagonistes est déjà consommé. Il prédit que Bassirou Diomaye Faye n’aura pas besoin d’un acte de révocation ; l’implosion politique se produira naturellement.

Avec Ousmane Sonko marginalisé au sein d’un exécutif qu’il ne contrôle plus, Poussou prédit qu’il finira par quitter la Primature pour retrouver son rôle de député. Libéré de ses contraintes, il devrait alors s’engager dans une opposition frontale au pouvoir en place, mobilisant les masses et confrontant directement le régime. Pour l’ancien ministre, cette évolution est le résultat inéluctable d’une politique transformée en « théâtre d’opportunismes où les serments n’engagent que ceux qui y croient ».