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Chers compatriotes,
Chers collègues et frères d’armes de l’esprit,
Le 4 mars 2026 marquera sans doute un tournant pour la diplomatie de notre continent. Le dépôt formel de la candidature de l’ancien Président Macky Sall au Secrétariat général des Nations Unies par l’Union africaine n’est pas un événement ordinaire. C’est un appel de l’Afrique au monde, mais c’est d’abord un appel du Sénégal à lui‑même.
Pour avoir partagé avec lui l’exigence du terrain dès le milieu des années 90 à Petrosen, je peux affirmer que le leadership ne s’improvise pas ; il se forge dans la compréhension des équilibres complexes. Aujourd’hui, je m’adresse à vous — cadres, intellectuels de nos universités, leaders de la société civile et du secteur privé — car vous êtes les gardiens de la « Doctrine Sénégal ».
Un enjeu qui dépasse nos frontières
Certes, le débat politique national est vif. Mais nous ne pouvons ignorer la portée historique de cette échéance. Pour la première fois, un fils du Sénégal, pur produit de son système éducatif, porté par la légitimité continentale, peut présider aux destinées d’une organisation mondiale qui traverse une crise de légitimité sans précédent.
L’architecte d’un nouvel ordre mondial
Le Président Macky Sall a été l’un des rares leaders à porter, avec une constance remarquable, l’exigence d’une réforme profonde du Conseil de sécurité. Son argument est simple mais implacable : on ne peut diriger le monde de demain avec les instruments de 1945 ! Son talent diplomatique lui a permis de tisser des liens de confiance et de respect avec les membres permanents du Conseil, faisant de lui un médiateur capable de parler à toutes les puissances tout en restant le porte‑voix des nations émergentes. Aujourd’hui, sa candidature incarne les aspirations du Sud global et la voix d’une large part du monde musulman pour un multilatéralisme plus juste et inclusif.
Le champion de la justice financière et de la dette
L’un de ses combats les plus acharnés, qu’il poursuit avec vigueur depuis la fin de son mandat national, est la refonte de l’architecture financière internationale. Il a dénoncé l’injustice des systèmes de notation et le poids étouffant d’une dette qui freine le développement. Son expertise sur la dette et les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) est le fruit d’un engagement technique rigoureux — un combat vital pour nos économies que nous, cadres et experts, connaissons bien.
Sous son impulsion, lors de sa présidence de l’Union africaine, l’Afrique a obtenu une reconnaissance accrue au G20, brisant un plafond de verre historique. Cela illustre sa capacité à transformer des diagnostics en gains concrets pour le continent.
Une voix rationnelle face au défi climatique
Sur le climat, Macky Sall a su porter une position d’équilibre essentielle pour le Sud global. Tout en engageant le Sénégal dans une transition énergétique ambitieuse, il a rappelé que la justice climatique ne peut se faire au détriment de l’accès à l’énergie pour des centaines de millions d’Africains. Son plaidoyer pour une « transition juste » demeure la boussole de nombreux pays en développement.
Un appel au dépassement patriotique
Le Sénégal a toujours été une terre de synthèse. Soutenir cette candidature ne signifie pas sanctifier un bilan politique passé ; c’est garantir notre influence diplomatique future. Avoir un Sénégalais au 38e étage du siège de l’ONU, c’est assurer une écoute sans précédent pour nos priorités de développement, nos besoins en infrastructures — tels qu’exprimés dans le NEPAD qu’il a dirigé — et notre vision de la paix mondiale.
Ce n’est plus un enjeu de politique sénégalo‑sénégalaise. C’est l’Afrique qui a choisi son champion. Le Sénégal doit‑il être le seul à ne pas soutenir l’un de ses fils alors que le continent entier se mobilise ?
Je souhaite que nous nous mobilisions autour de nos autorités, afin qu’elles puissent, dans la lignée de notre tradition de « pax diplomatica », embrasser ce projet avec la solennité requise. J’appelle nos intellectuels à porter ce débat au niveau d’excellence qui nous caractérise. Ne laissons pas les passions éphémères occulter une opportunité qui ne se présentera peut‑être pas deux fois dans ce siècle.
Le Burundi, au nom de l’Afrique, a fait son choix. Le monde nous regarde. Soyons au rendez‑vous.
Serigne Mboup
Compagnon de route et consultant


