LFR 2026 : PENDANT QU’ILS SE DISPUTENT LE POUVOIR, LES SÉNÉGALAIS PAIENT LA FACTURE

26/10/2026 Djiby 597
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Par Abdoulaye WILANE
Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal

Il arrive un moment où les querelles politiques cessent d’être amusantes
Nous y sommes.
La Commission des Finances de l’Assemblée nationale vient de rejeter le projet de loi de finances rectificative 2026 présenté par le Gouvernement. Ce rejet n’est pas venu de l’opposition. Il est venu de PASTEF, le parti qui détient la majorité à l’Assemblée nationale.
Autrement dit, le pouvoir rejette le budget du pouvoir.
Et la Primature nous annonce maintenant une conférence de presse pour expliquer et défendre devant les Sénégalais un texte que sa propre majorité vient de refuser.
Il faut mesurer ce que cela signifie.
Nous ne sommes plus devant quelques divergences entre responsables appartenant à une même famille politique. Il y a manifestement un problème au cœur du pouvoir et ce problème commence à avoir des conséquences sur le fonctionnement de l’État.
Pendant ce temps, les Sénégalais vivent.
Ils font leurs marchés. Ils paient leurs factures. Ils cherchent du travail. Ils cherchent de quoi payer les études de leurs enfants. Des entreprises attendent d’être payées. D’autres réduisent leurs charges comme elles peuvent. Des familles qui avaient encore un peu de marge il y a quelques années comptent désormais chaque dépense.
C’est cela, le pays réel.
Et que voit-il aujourd’hui ?
Des responsables qui avaient demandé ensemble les suffrages des Sénégalais et gouverné ensemble se livrer désormais une bataille politique dont personne ne sait vraiment où elle s’arrêtera.

PASTEF d’un côté. KIRAAY et la mouvance présidentielle de l’autre.

Et entre les deux, le Sénégal.
Je ne conteste pas au groupe parlementaire PASTEF le droit de rejeter une loi de finances rectificative. Une majorité parlementaire n’est pas obligée d’approuver tout ce qu’un Gouvernement lui présente. Si les députés considèrent qu’un texte est mauvais, leur devoir est même de le dire.
Mais il faut arrêter de nous raconter des histoires.
Ousmane Sonko avait annoncé publiquement, avant même l’issue des travaux, que PASTEF ne voterait pas cette LFR en l’état. Quelques jours plus tard, les députés de son parti l’ont rejetée en commission.
En face, le Gouvernement maintient ses choix, défend ses arbitrages et annonce une conférence de presse pour expliquer aux Sénégalais que son projet vise à améliorer leurs conditions de vie.
Alors qui faut-il croire ?
Ceux qui gouvernent et disent que cette LFR est nécessaire au pays ?
Ou ceux qui constituent la majorité du même pouvoir et disent qu’elle n’est pas acceptable en l’état ?
On ne peut pas avoir les deux discours et demander ensuite aux Sénégalais de considérer que tout va bien.
Il y a quelques jours déjà, Ousmane Sonko mettait publiquement en cause plusieurs orientations économiques du Gouvernement. Il contestait la réduction de certaines subventions énergétiques, les choix faits en matière d’investissement et de financement et annonçait que son parti ne voterait pas certains textes sans garanties supplémentaires.
Nous avions alors demandé une chose simple : que ceux qui gouvernent nous disent enfin quelle est leur ligne.
Nous n’avons pas eu la réponse.
Nous avons maintenant un rejet en commission.
Ce qui était une divergence publique est devenu un blocage institutionnel.
Et je veux le dire avec gravité : le Sénégal n’a pas à payer le prix de la guerre de succession qui semble avoir commencé au sein du pouvoir.
Car c’est bien la question que beaucoup de Sénégalais commencent à se poser.

PASTEF prépare-t-il déjà l’après-Diomaye ?

La mouvance KIRAAY cherche-t-elle à construire son propre espace politique autour du Président de la République ?
Chacun veut-il désormais marquer son territoire en vue des prochaines échéances ?
Je ne prétends pas connaître ce qui se dit dans leurs réunions. Mais lorsqu’une majorité en arrive à rejeter le texte budgétaire de son propre Gouvernement, il devient difficile de demander au pays de faire semblant de ne rien voir.
Qu’ils règlent leurs problèmes politiques.
Mais qu’ils ne prennent pas le Sénégal en otage.
Parce que la LFR n’est pas un tract de PASTEF, de KIRAAY ou du Parti Socialiste. C’est un texte qui touche aux recettes et aux dépenses de l’État, à l’investissement, aux subventions, au pouvoir d’achat, aux engagements financiers du pays.
On ne joue pas avec cela pour préparer 2027, 2029 ou je ne sais quelle autre échéance.
Le plus choquant est peut-être de voir avec quelle facilité tout ce monde semble s’être installé dans cette confrontation.
Chacun communique.
Chacun explique sa position.
Chacun veut montrer qu’il défend mieux que l’autre les intérêts des Sénégalais.
Mais enfin, qui gouverne ?
PASTEF nous explique qu’il veut protéger le pouvoir d’achat, préserver les investissements et les dépenses sociales, réduire le train de vie de l’État et obtenir davantage de transparence sur la dette.
Très bien.
Mais PASTEF est au pouvoir depuis 2024.
Ce n’est pas un nouveau parti d’opposition qui vient de découvrir les comptes publics.
Ousmane Sonko a dirigé le Gouvernement pendant deux ans.
À l’inverse, le Gouvernement actuel ne peut pas faire comme si la majorité parlementaire qui rejette son texte était une opposition ordinaire. Elle appartient au même pouvoir qui a été élu en 2024.
Il faut donc arrêter ce jeu où chacun cherche à sortir politiquement indemne d’une situation dont ils sont collectivement responsables.
Les Sénégalais n’ont pas élu PASTEF pour qu’il devienne l’opposition à son propre pouvoir.
Ils n’ont pas élu Bassirou Diomaye Faye pour qu’une deuxième majorité politique se construise autour de lui pendant que celle qui l’a porté au pouvoir combat son Gouvernement.
Et ils n’ont certainement pas élu tout ce monde pour assister, deux ans et demi plus tard, à une guerre de positionnement en vue des prochaines échéances électorales.
Il y a un pays à gouverner.
C’est cela que certains semblent oublier.
Le Sénégal traverse une période économique difficile. Nos finances publiques sont contraintes. Le pouvoir d’achat est malmené. Les entreprises ont besoin de visibilité. Beaucoup de jeunes ne voient toujours pas les perspectives qu’on leur avait promises.
Dans un moment pareil, la première responsabilité de ceux qui gouvernent devrait être de rassurer, de décider et de travailler.
Pas de préparer déjà la prochaine bataille politique.
Je ne demande pas à PASTEF et à KIRAAY de s’aimer.
Je ne demande pas à Ousmane Sonko et à Bassirou Diomaye Faye de régler devant nous ce qui les oppose.
Je leur demande quelque chose de beaucoup plus élémentaire : qu’ils respectent le pays qu’ils ont demandé à gouverner.
Un budget de l’État n’est pas un instrument pour mesurer les rapports de force à l’intérieur d’une majorité.
L’Assemblée nationale n’est pas le terrain sur lequel doivent se régler les comptes entre anciens compagnons.
Et la souffrance quotidienne des Sénégalais ne peut pas devenir l’argument que chacun brandit contre l’autre alors qu’ils exercent ensemble le pouvoir depuis 2024.
Il faudra évidemment entendre ce que dira le Premier ministre lors de sa conférence de presse. Il faudra également entendre les arguments qui seront développés en séance plénière.
Mais quelle que soit l’issue du vote, quelque chose est déjà cassé.
La majorité qui devait porter l’action gouvernementale se retrouve à combattre publiquement cette action. Le Gouvernement en est réduit à devoir convaincre sa propre majorité. Et le pays regarde ceux qui avaient promis la rupture reproduire ce que notre vie politique a de plus ancien : les querelles de pouvoir, les positionnements et les calculs d’appareil.
Pendant ce temps, une mère de famille qui va au marché ne se demande pas qui de PASTEF ou de KIRAAY prépare le mieux 2029.
Elle se demande ce qu’elle pourra acheter avec ce qui lui reste.
Voilà la réalité qu’il serait temps de regarder.
Le Sénégal n’a pas besoin d’un pouvoir occupé à préparer son avenir politique.
Il a besoin d’un pouvoir occupé à s’occuper de l’avenir des Sénégalais.

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