LE VÉRITABLE COMPROMIS HISTORIQUE : L’ALLIANCE AVEC LE PEUPLE PLUTÔT QUE LE PACTE DES ÉLITES

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Notre République traverse un moment de bascule. Prise en étau entre la tentation des hégémonies et la radicalisation des postures, la vie politique sénégalaise ressemble de plus en plus à un équilibre de la terreur. Dans ce climat de déliquescence institutionnelle, la réflexion engagée par le ministre Abdou Fall autour de la nécessité d’un « compromis historique » a le mérite de poser un diagnostic lucide : aucune démocratie ne survit à la guerre civile permanente de ses élites.
Il est indéniable que face au péril, le dialogue est une urgence absolue. Cependant, si le compromis est une nécessité, sa nature déterminera la survie de notre pacte républicain. Il est de notre devoir de citoyens libres d’en définir les exigences éthiques.
1. Le refus du « syndicat des politiciens »
La méfiance légitime d’une grande partie de nos concitoyens, cette majorité silencieuse désabusée, trouve sa source dans les expériences du passé. Trop souvent sous nos cieux, les appels à l’apaisement ont accouché d’arrangements de sommet.
Un compromis historique ne saurait être une amnistie déguisée, un partage tacite des sphères d’influence ou une trêve entre factions pour préserver des carrières. Si le dialogue national se réduit à une tentative de neutralisation mutuelle des appareils partisans, il sera perçu, à juste titre, comme un pacte forgé sur le dos du Peuple. Le seul compromis qui vaille est celui qui réconcilie l’État avec la Nation, et l’action publique avec la morale.
2. Restaurer l’éthique de l’action et du mérite
Le fondement d’une paix durable ne réside pas dans le rafistolage de nos institutions, mais dans la réhabilitation d’une loi universelle, inscrite au cœur de nos sagesses ancestrales comme de nos textes sacrés : aucune société ne peut prospérer si elle déconnecte l’effort de sa juste récompense.
Le véritable compromis doit sceller l’avènement d’une République du mérite. Il doit acter l’abandon définitif de la politique de l’allégeance, du clientélisme et de la ruse, pour ériger le travail et la loyauté en seules boussoles. L’État doit redevenir cet arbitre impartial qui garantit à chaque citoyen qu’il récoltera exactement les fruits de ce qu’il a semé. La noblesse de l’effort doit précéder tout privilège. C’est cette mystique de l’action juste, cette spiritualité du labeur comme prière sociale, qui doit irriguer nos politiques publiques, de l’éducation à la redistribution des richesses. Un compromis qui ne remettrait pas la dignité du travailleur et la justice sociale au centre de la table ne serait qu’une coquille vide.
3. La fin des majorités mécaniques et de la confiscation du pouvoir
Le dialogue à venir devra s’attaquer à la racine de notre instabilité : une architecture électorale et institutionnelle qui favorise l’écrasement de la minorité par la majorité. Le mode de scrutin majoritaire à un tour, qui donne tout au premier arrivé, pousse les partis à des coalitions contre nature et transforme l’Assemblée nationale en arme de destruction institutionnelle.
Le compromis historique exige d’acter un principe que je défends depuis toujours : on ne donne la majorité absolue à personne, on laisse la totalité au Peuple souverain. Il est urgent d’imaginer des mécanismes de représentation qui obligent les acteurs à s’entendre sur l’essentiel, à pacifier l’hémicycle et à empêcher qu’un groupe, aussi puissant soit-il, ne confisque la volonté générale. Les institutions ne sont pas des butins de guerre ; elles sont les tuteurs de notre vivre-ensemble.
4. L’exigence de faire la « Politique Autrement »
Pour que ce compromis réussisse, il faut de nouveaux visages et de nouvelles voix, non pas nécessairement par l’âge, mais par la posture. C’est la conviction profonde qui m’a conduit, récemment, à m’affranchir de toute attache partisane.
En quittant la mécanique étriquée des partis, mon ambition n’est pas de me retirer de la Cité, mais au contraire, de m’y engager plus totalement. Affranchi des bannières qui divisent et des contraintes de clan, je choisis de parler à cette majorité silencieuse, à ce Sénégal des profondeurs qui exige que la politique redevienne un sacerdoce, solidaire et sincère.
Le compromis historique dont le Sénégal a besoin n’est pas un accord entre adversaires politiques ; c’est un nouveau serment prononcé devant le Peuple. Je me tiendrai toujours aux avant-postes, libre et déterminé, pour veiller à ce que ce serment soit celui de la justice, de l’effort et de la vérité.
Talla SYLLA
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