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La fracture numérique sénégalaise est plus profonde qu’on ne l’imaginait. Interpellé par les députés en marge des questions d’actualité, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, a dressé un tableau sans complaisance de la connectivité dans le pays, tout en défendant la stratégie gouvernementale pour résorber ce retard.
Le chiffre est saisissant : 7 millions de Sénégalais n’ont toujours pas accès à internet. « Il y a plus de 500 zones blanches, des localités qui n’ont jamais eu accès à l’internet. Il y a aussi 800 localités qui ne bénéficient que d’un faible accès. C’est donc plus de 1000 localités qui sont concernées par cette fracture numérique », a détaillé le ministre, chiffres à l’appui.
Avec un taux de pénétration de l’internet fixe plafonnant à 40% en 2026, la question de la connectivité universelle devient un enjeu national prioritaire. « Va-t-on attendre jusqu’en 2050 pour espérer avoir 80% de connectivité sur le territoire national ? La réponse est non ! », a martelé Alioune Sall, traduisant l’urgence d’agir.
Face à ce constat alarmant, le ministre a révélé l’ambition présidentielle d’aller jusqu’à « constitutionaliser l’accès à internet », une vision qui témoigne de la volonté de faire du numérique un droit fondamental pour tous les Sénégalais.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’arrivée fracassante de Starlink au Sénégal, dont l’autorisation d’opérer a suscité de nombreuses interrogations. Le ministre a tenu à rassurer sur la procédure suivie. « Le secteur des Télécoms est régi par des lois et des règles à travers le Code des communications électroniques. Chaque opérateur qui vient s’installer suit une procédure rigoureuse », a-t-il expliqué, précisant que Starlink a été soumis au même traitement que les autres opérateurs.
Sur la question sensible de la protection des données personnelles, Alioune Sall a indiqué que « le Comité en charge de cette question ainsi que sa tutelle vont prendre toutes les mesures requises pour le respect de la confidentialité ».
Mais au-delà des aspects techniques et réglementaires, le ministre a mis en avant les retombées concrètes de cet accord pour les populations. « Le plus important c’est le fait que plus d’un million de Sénégalais auront accès gratuitement à internet », s’est-il félicité. L’État réaliserait également « une économie d’échelle de 64 milliards » grâce à cette installation.
Précisant le cadre juridique de l’arrivée de l’opérateur, Alioune Sall a indiqué qu’il ne s’agit pas d’une licence mais « d’une autorisation sur 5 ans », renouvelable après évaluation annuelle par l’ARTP. Une façon de garder la main sur ce nouveau venu qui promet de bouleverser le paysage numérique sénégalais.
Entre urgence sociale et opportunité technologique, le gouvernement mise sur cette nouvelle donne pour connecter enfin les millions de Sénégalais encore laissés sur le bord de la route numérique. Reste à voir si Starlink tiendra ses promesses et si les zones blanches verront bientôt la fin de leur longue traversée du désert connecté.

