ECO EN 2027 : LE SÉNÉGAL FACE AU DÉFI DE LA DETTE, DU DÉFICIT ET DE LA CONVERGENCE

27/07/2026 Djibril Diallo 679
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L’annonce de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) d’une mise en œuvre progressive de la monnaie unique « Eco » à partir de 2027 relance le débat sur l’avenir monétaire de la région. Mais alors que plusieurs pays pourraient intégrer la première phase du projet, la question de la capacité du Sénégal à satisfaire aux critères de convergence reste posée.

Dans un entretien accordé à Seneweb, Babacar Gaye, économiste-statisticien et directeur général du Cabinet Gaye & Associés Consulting, apporte un regard critique sur les conditions de lancement de l’Eco et sur les défis qui attendent les États membres.

Selon l’économiste, le lancement de l’Eco en 2027 est « techniquement » possible, mais demeure « institutionnellement » difficile. Il rappelle que la première phase annoncée concerne la Sierra Leone, le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Guinée et la Gambie, qui composent la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest.

Pour Babacar Gaye, cette étape ne signifie donc pas la disparition immédiate du franc CFA. Elle marquerait plutôt la naissance d’une seconde zone monétaire ouest-africaine, parallèle à l’espace monétaire actuellement structuré autour de la BCEAO.

L’expert identifie plusieurs obstacles majeurs, notamment l’absence d’une banque centrale commune pleinement opérationnelle, l’incertitude sur le régime de change et les modalités de conversion de la future monnaie. Il insiste également sur la nécessité d’assurer une convergence durable des économies, estimant qu’un pays ne peut intégrer une union monétaire sur la base de performances économiques ponctuelles.

« Une monnaie ne se décrète pas, elle se crédibilise », résume-t-il.

LE SÉNÉGAL, UN CAS PARTICULIER

Interrogé sur la possibilité pour le Sénégal de rejoindre les premiers pays concernés par l’Eco, Babacar Gaye estime que la question doit être posée autrement. Le Sénégal étant déjà membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), il dispose déjà d’une monnaie commune, le franc CFA, ainsi que d’une banque centrale et d’un cadre institutionnel propres à cette union.

Selon lui, l’enjeu pour Dakar ne serait donc pas une simple adhésion à l’Eco, mais une éventuelle sortie de l’union monétaire existante, ce qui impliquerait des décisions juridiques et diplomatiques majeures.

Sur le plan économique, le Sénégal présente un profil contrasté. Avec une inflation annoncée à 0,4 % en glissement annuel en juin 2026, le pays affiche une performance favorable. En revanche, le déficit budgétaire et surtout le niveau d’endettement constituent de sérieux points de vigilance.

L’économiste estime ainsi que le Sénégal doit relever plusieurs défis avant d’envisager une éventuelle transition monétaire. Il cite notamment la nécessité de renforcer la fiabilité des statistiques publiques, de restaurer des marges de manœuvre budgétaires et d’améliorer la convergence réelle de l’économie.

LA DETTE, LE PRINCIPAL OBSTACLE

Pour Babacar Gaye, le niveau de la dette constitue le défi le plus difficile à relever. Il estime que le retour à un niveau d’endettement compatible avec un plafond de 70 % du PIB nécessiterait un effort budgétaire considérable sur plusieurs années.

L’économiste pointe également le poids du service de la dette, qui réduit fortement les capacités d’intervention de l’État. Dans une union monétaire, explique-t-il, les États ne disposent plus de l’outil du taux de change pour absorber certains chocs économiques. La politique budgétaire devient alors l’un des principaux instruments d’ajustement.

Autre difficulté évoquée : le déficit public. Même si une réduction progressive est envisageable, la convergence devra être durable et soutenue pour répondre aux exigences d’une future union monétaire.

À l’inverse, l’inflation apparaît comme le critère le plus favorable au Sénégal. Mais Babacar Gaye relativise cette performance, qu’il attribue en grande partie à l’ancrage du franc CFA à l’euro.

CE QUE L’ECO POURRAIT APPORTER À LA RÉGION

Malgré les nombreux défis, la monnaie unique pourrait présenter plusieurs avantages pour les économies ouest-africaines. Babacar Gaye en identifie notamment trois : la réduction du risque de change et des coûts de conversion, l’approfondissement du marché financier régional et la limitation des marchés parallèles de devises.

Cependant, l’économiste met en garde contre certaines attentes excessives. Selon lui, une monnaie unique ne suffit pas à elle seule à stimuler le commerce ou à accélérer le développement économique.

Il souligne également le poids prépondérant du Nigeria dans l’économie régionale et s’interroge sur la nature du futur ancrage monétaire. Pour lui, la véritable question ne serait pas seulement de savoir si les pays ouest-africains abandonnent le franc CFA, mais de déterminer quel sera le nouvel ancrage économique et monétaire de la future zone.

« L’ECO SERA UN RÉVÉLATEUR »

En définitive, Babacar Gaye considère que l’Eco ne doit être perçu ni comme une solution miracle ni comme une menace automatique pour les économies de la région.

« L’Eco ne sera ni une chance ni une menace : ce sera un révélateur », estime-t-il. Selon lui, la future monnaie permettra de distinguer les pays qui auront réellement engagé les réformes nécessaires de ceux qui se seront limités aux déclarations d’intention.

Pour l’économiste, la réussite d’une monnaie unique ouest-africaine dépendra avant tout de la solidité des économies qui la porteront, de la discipline budgétaire des États et de la crédibilité des institutions communes.

Une conviction résumée en une formule : « La souveraineté monétaire ne se proclame pas dans un communiqué : elle se gagne dans un budget. »

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