DETTE DU SÉNÉGAL : TRANSPARENCE, SOUTENABILITÉ ET SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE AU CŒUR DU DÉBAT

Par: Assane Diop
La dette publique du Sénégal demeure au centre des préoccupations économiques et politiques. À Dakar, un panel organisé le mercredi 7 octobre 2026, à Sacré-Cœur 3 VDN, a réuni des acteurs de la société civile, de l’administration et du monde universitaire autour des solutions envisageables pour sortir durablement de la crise de la dette et préserver la souveraineté économique du pays.
Placée sous le thème « Dette, accord FMI et souveraineté économique : quelles voies endogènes pour un Sénégal souverain, prospère et résilient ? », la rencontre a permis d’aborder plusieurs enjeux majeurs : la transparence dans la gestion des finances publiques, la soutenabilité de l’endettement et la capacité de l’État à poursuivre ses investissements tout en protégeant les populations les plus vulnérables.
Souleymane Gueye plaide pour une concertation nationale
Membre de l’Initiative Audit citoyen de la dette du FRAPP, Souleymane Gueye a appelé à dépasser les clivages politiques et idéologiques pour faire de la dette une question d’intérêt national.
Il a notamment préconisé l’ouverture d’un cadre de concertation réunissant les différentes composantes de la société sénégalaise. Selon lui, une telle démarche permettrait de favoriser un dialogue inclusif sur les origines de l’endettement, ses conséquences et les mesures à envisager pour sortir durablement de la situation actuelle.
L’intervenant a également insisté sur la nécessité d’un audit citoyen de la dette, d’un renforcement de la transparence dans la gestion des finances publiques et d’une clarification des responsabilités.
Au-delà des montants engagés, Souleymane Gueye a attiré l’attention sur les mécanismes institutionnels et juridiques qui encadrent le recours à l’endettement. Il estime notamment nécessaire de revoir le dispositif légal et réglementaire, en accordant une attention particulière au contrôle parlementaire et aux procédures d’engagement de la dette publique.
L’objectif, selon cette approche, serait de renforcer les mécanismes de contrôle et de prévenir la répétition de situations susceptibles de fragiliser durablement les finances publiques.
Dr Abdoulaye Ndiaye met en garde contre un traitement insuffisant de la dette
De son côté, le Dr Abdoulaye Ndiaye, enseignant à l’Université de New York, a souligné l’importance de privilégier une solution durable plutôt qu’un simple réaménagement des échéances.
Pour l’économiste, le traitement de la dette doit permettre au Sénégal de retrouver des marges de manœuvre budgétaires suffisantes pour financer ses priorités de développement. Il s’agit notamment de préserver les dépenses sociales, de soutenir les entreprises nationales et de créer les conditions d’une relance de la croissance économique.
Il a également évoqué la nécessité d’un partage équitable des efforts entre l’État sénégalais et ses différents créanciers.
Dans cette perspective, un simple rééchelonnement pourrait s’avérer insuffisant si les conditions financières de remboursement continuent de peser lourdement sur le budget de l’État. Le Sénégal doit donc rechercher un traitement susceptible d’alléger durablement cette contrainte et de restaurer sa capacité à financer ses politiques publiques.
La souveraineté économique au centre des réflexions
Les échanges ont mis en évidence plusieurs priorités : renforcer la transparence, consolider le contrôle citoyen, adapter le cadre juridique de l’endettement et préserver les dépenses indispensables au développement économique et social.
La recherche de solutions endogènes a également occupé une place importante dans les discussions. Elle renvoie à la capacité du Sénégal à mobiliser ses ressources, à améliorer la gouvernance des finances publiques et à définir des orientations économiques compatibles avec ses ambitions de développement.
La question de la dette dépasse ainsi le seul cadre des négociations financières. Elle renvoie aux choix budgétaires, aux mécanismes de responsabilité publique et à la capacité des autorités à concilier les obligations de remboursement avec les besoins des populations.
Au terme de ce panel, un enjeu demeure : comment transformer les difficultés actuelles en une occasion de réforme structurelle, tout en évitant que le poids de l’endettement ne compromette les perspectives des générations futures ?
À Dakar, les échanges ont en tout cas rappelé que la dette publique constitue désormais un sujet de débat national, à la croisée de la gouvernance, de la justice sociale et de la souveraineté économique.
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