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Le Sénégal traverse, depuis près de deux ans, une période de fortes turbulences qui, en ce début d’année 2026, suscite de vives inquiétudes quant à la stabilité économique, sociale et institutionnelle du pays. C’est le constat dressé par le Front pour la Défense de la République (FDR) dans une déclaration rendue publique ce 11 janvier à Dakar.
Selon le Front, la crise des finances publiques a atteint un niveau critique, se traduisant par des défauts de paiement répétés envers des secteurs jugés vitaux, notamment l’éducation, les universités et les transports aériens. Une situation qui fragilise davantage le tissu social et alimente un climat de défiance généralisée.
Sur le plan économique, le FDR pointe également l’échec de la campagne de commercialisation arachidière, pilier de l’économie nationale. Le Front estime que les objectifs annoncés par le gouvernement, notamment la transformation de 450 000 tonnes d’arachide par la SONACOS, sont irréalistes au regard des capacités réelles de la structure et de la situation budgétaire de l’État. À titre de comparaison, la SONACOS n’avait collecté que 155 000 tonnes l’année précédente, pour une valeur inférieure à 52 milliards de francs CFA, sans parvenir à les transformer intégralement.
Le FDR souligne par ailleurs que la réalisation de ces objectifs nécessiterait une mobilisation financière estimée à plus de 210 milliards de francs CFA, incluant l’apurement d’arriérés dus aux opérateurs privés stockeurs. Une perspective jugée incompatible avec les contraintes financières actuelles du pays. Dans ce contexte, le Front exprime sa solidarité avec les millions de producteurs agricoles, contraints, selon lui, de brader leur production pour subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles.
Au plan politique et institutionnel, la déclaration dénonce ce qu’elle qualifie de dérives préoccupantes. Le FDR critique notamment les tensions publiques au sein de l’exécutif, estimant qu’elles portent atteinte au principe constitutionnel de solidarité gouvernementale consacré par l’article 56 de la Constitution. Il s’inquiète également de la posture du Premier ministre vis-à-vis des partenaires internationaux, jugée populiste et peu propice à la recherche de solutions durables à la crise d’insolvabilité.
Le contraste entre les difficultés économiques des ménages et ce que le Front décrit comme l’opulence affichée par l’élite au pouvoir est également mis en avant. L’acquisition récente de véhicules de luxe pour les députés, à travers des mécanismes de financement qualifiés d’opaques, est présentée comme un symbole de ce décalage.
Sur le terrain institutionnel, le FDR évoque un affaiblissement de la République, marqué par des invectives croissantes au sein même de la majorité parlementaire et par le maintien en fonction du Premier ministre malgré un conflit d’intérêts allégué dans une procédure judiciaire le concernant. L’opacité entourant les réformes constitutionnelles annoncées alimente également les craintes d’une instrumentalisation de la loi fondamentale à des fins politiques.
Face à cette situation, le FDR appelle à une coordination des initiatives de l’ensemble des forces politiques, syndicales et associatives opposées aux orientations actuelles du gouvernement. L’objectif affiché est de construire un cadre commun de concertation et d’action afin de limiter les effets jugés dommageables des politiques en cours.
Dans cette dynamique, le Front a annoncé son intention de rencontrer, dans les prochains jours, plusieurs partis, mouvements et personnalités de l’opposition. Il a également procédé à un changement à sa coordination, en désignant Oumar Sarr, président du PLD/And Suqali, comme nouveau coordonnateur, succédant à Samba Sy, secrétaire général du PIT, salué pour le travail accompli. Le FDR prévoit enfin d’intensifier ses actions de terrain pour échanger avec les populations affectées par la conjoncture actuelle.
Conférence des Leaders – Dakar, le 11 janvier 2026


