SÉNÉGAL–CÔTE D’IVOIRE : DAKAR ET ABIDJAN VEULENT ACCÉLÉRER LEUR COOPÉRATION ÉCONOMIQUE

Par N Ndiaye
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire entendent donner une nouvelle impulsion à leur partenariat économique. Malgré leur appartenance commune à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la complémentarité de leurs économies, les échanges commerciaux entre les deux pays restent en deçà de leur potentiel. Dakar et Abidjan souhaitent ainsi renforcer les investissements croisés, développer les partenariats entre entreprises et transformer leurs relations institutionnelles en projets économiques concrets.
Le volume cumulé des échanges commerciaux bilatéraux est estimé à environ 250 milliards de francs CFA, selon les données évoquées lors des discussions. Ce montant reste toutefois à confirmer. Pour franchir un nouveau cap, les deux pays envisagent notamment de redynamiser la Chambre de commerce sénégalo-ivoirienne, afin de faciliter les contacts entre opérateurs économiques et de favoriser l’émergence de nouvelles opportunités d’affaires.
L’enjeu est de faire de cette proximité diplomatique un levier de croissance, de création d’emplois et de valorisation des ressources locales. La concrétisation de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des deux États à identifier des projets prioritaires, à mobiliser les financements nécessaires et à définir des mécanismes de suivi efficaces.
L’AGRICULTURE ET LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE AU CŒUR DU PARTENARIAT
L’agriculture figure parmi les principaux axes de convergence entre Dakar et Abidjan. Les deux pays souhaitent approfondir leur coopération dans la recherche agricole, la transformation des productions et le développement de chaînes de valeur capables de renforcer la productivité et la compétitivité des filières.
La filière de l’anacarde illustre les complémentarités envisageables. Les chiffres avancés au cours des échanges font état d’une production d’environ 150 000 tonnes au Sénégal, contre 1,5 million de tonnes en Côte d’Ivoire. Ces données restent à vérifier avant publication. L’expérience ivoirienne dans l’organisation de la filière et le développement de la transformation industrielle pourrait néanmoins constituer une source d’inspiration pour le Sénégal.
La coopération pourrait également concerner le financement de la recherche agricole et l’accompagnement des producteurs. À cet égard, l’expérience du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA) de Côte d’Ivoire pourrait favoriser des échanges techniques avec les structures sénégalaises.
L’élevage figure aussi parmi les secteurs identifiés, notamment pour l’insémination artificielle et la recherche animale. Des pistes de coopération pourraient par ailleurs être explorées pour mieux répondre aux besoins en moutons à l’approche de la Tabaski.
Au-delà du partage d’expériences, l’objectif est de renforcer des filières agricoles et animales plus performantes, capables de satisfaire une part croissante de la demande intérieure tout en développant les débouchés sur les marchés régionaux.
ENGRAIS, GAZ ET INDUSTRIE : DES PISTES DE COOPÉRATION À EXPLORER
Les ambitions communes concernent également l’énergie et l’industrialisation. Les besoins en engrais constituent notamment un terrain de coopération potentiel, à la croisée des enjeux de souveraineté alimentaire, de valorisation des ressources et de développement industriel.
Les liens économiques entre les deux pays s’inscrivent dans une histoire ancienne. La participation ivoirienne au capital des Industries chimiques du Sénégal (ICS), évoquée au titre des années 1970, rappelle l’existence de précédents en matière de partenariat industriel. Cet héritage pourrait alimenter la réflexion sur de nouvelles formes de coopération.
Dakar et Abidjan souhaitent notamment explorer les possibilités de collaboration dans les intrants agricoles, le gaz et la réalisation de projets industriels communs. À terme, ces initiatives pourraient contribuer à structurer des chaînes de valeur régionales et à limiter certaines dépendances vis-à-vis des marchés extérieurs.
La réalisation de ces projets nécessitera cependant une coordination étroite entre les administrations, les ministères sectoriels et les entreprises. Les structures chargées de l’Économie et du Plan devraient notamment jouer un rôle dans l’identification des projets, leur structuration financière et la mobilisation des investissements publics et privés.
UNE CINQUANTAINE D’ACCORDS À TRADUIRE EN RÉSULTATS CONCRETS
Le renforcement de la coopération économique s’inscrit dans une volonté plus large d’améliorer l’efficacité du partenariat bilatéral. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire disposent d’une cinquantaine d’accords et de mécanismes de coopération. Certains pourraient nécessiter une actualisation afin de mieux répondre aux priorités économiques actuelles.
Les deux gouvernements entendent renforcer le suivi des engagements, hiérarchiser les propositions sectorielles et élaborer un plan d’action assorti de responsabilités clairement définies, d’échéances précises et de résultats mesurables.
La mise en place d’un mécanisme conjoint de suivi, en complément des dispositifs de la Commission mixte, figure parmi les pistes évoquées. L’objectif est de mieux assurer la continuité des initiatives entre les rencontres officielles et d’identifier les obstacles qui freinent leur mise en œuvre.
Cette démarche revêt une importance particulière pour les projets économiques, dont la réussite dépendra de la disponibilité des financements, de la coordination institutionnelle et de l’implication des entreprises privées dès les premières étapes.
LA CÔTE D’IVOIRE ENVISAGÉE COMME INVITÉE D’HONNEUR D’UN RENDEZ-VOUS ÉCONOMIQUE AU SÉNÉGAL
La promotion des échanges entre les opérateurs économiques pourrait également passer par des événements commerciaux. Une foire prévue du 15 au 26 décembre 2027 aurait été évoquée comme une occasion de mettre en valeur les possibilités de partenariat entre les deux pays, avec la Côte d’Ivoire annoncée comme invitée d’honneur. Le nom de l’événement et les dates restent à confirmer.
Cette participation offrirait aux entreprises sénégalaises et ivoiriennes un cadre de rencontre pour présenter leurs produits, nouer des contacts commerciaux et examiner de nouvelles possibilités d’investissement.
Par ailleurs, une visite officielle du Premier ministre ivoirien à Dakar, envisagée au début de l’année 2027, pourrait contribuer à préciser les prochaines étapes de cette coopération et à évaluer les avancées enregistrées.
Pour Dakar et Abidjan, le principal défi sera désormais de passer des intentions aux réalisations : contrats commerciaux, investissements productifs, projets industriels et emplois durables. C’est à l’aune de ces résultats que pourra être mesurée la nouvelle dynamique du partenariat économique sénégalo-ivoirien.
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