COMMISSIONS D’ENQUÊTE PARLEMENTAIRES : IBRAHIMA BAKHOUM ALERTE SUR LE RISQUE DE RÈGLEMENT DE COMPTES POLITIQUES

14/10/2026 La Rédaction 845
Publicité
Par: Assane DIOP

Le journaliste et analyste politique Ibrahima Bakhoum s’interroge sur les motivations et les conséquences de la multiplication des commissions d’enquête parlementaires portées par le groupe Pastef. S’il reconnaît la légitimité du contrôle parlementaire, il met en garde contre les risques d’une exposition publique des personnalités concernées avant toute décision judiciaire.

Le recours aux commissions d’enquête parlementaires continue d’alimenter le débat politique au Sénégal. Dans un entretien accordé au quotidien Walfadjri, Ibrahima Bakhoum a livré son analyse sur les enjeux institutionnels et politiques de ces initiatives, qui visent notamment à examiner la gestion des affaires publiques sous les précédentes autorités.

Pour le journaliste, l’Assemblée nationale dispose pleinement de la prérogative de contrôler l’action publique et de chercher à établir les faits concernant la gestion des deniers publics. Toutefois, il estime que la conduite de ces investigations peut susciter des interrogations lorsque leur dimension médiatique donne le sentiment d’une volonté de régler des comptes politiques.

« Pastef veut faire de la transparence, mais donne l’impression, en même temps, de faire du règlement de comptes », résume-t-il.

Entre transparence et présomption d’innocence

L’une des principales préoccupations soulevées par Ibrahima Bakhoum concerne les conséquences de la médiatisation des auditions sur la réputation des personnes entendues ou mises en cause.

Selon son analyse, l’exposition publique de certaines personnalités peut alimenter des soupçons avant même que la justice ne se prononce sur d’éventuelles responsabilités pénales.

Cette situation pose la question de l’équilibre entre le droit des citoyens à la transparence dans la gestion publique et la protection des droits des personnes concernées. Si les commissions parlementaires peuvent contribuer à recueillir des informations et à éclairer les élus, elles ne se substituent pas aux juridictions compétentes, seules habilitées à statuer sur la culpabilité pénale.

Les recompositions politiques au cœur des interrogations

L’analyste élargit également son propos aux recompositions politiques au sein de la majorité et aux relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et les acteurs issus de différents courants politiques.

Il estime que les investigations portant sur la gestion passée de certaines personnalités ayant rejoint la mouvance présidentielle pourraient créer une situation politiquement délicate pour le chef de l’État.

Dans cette lecture, les changements d’alliances et les repositionnements politiques risquent d’alimenter les soupçons autour du traitement réservé aux responsables concernés. Ibrahima Bakhoum résume cette perception par la formule : « ceux qui transhument vers Kiraay n’ont pas les mains propres ».

Cette déclaration relève de son appréciation politique et ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’irrégularités imputables aux personnalités visées.

Un enjeu de mobilisation politique

Ibrahima Bakhoum évoque enfin la dimension politique de ces commissions d’enquête. Selon lui, ces initiatives peuvent également contribuer à entretenir la mobilisation des militants de Pastef, dont une partie attend que les responsabilités liées à la gestion de l’ancien régime soient établies.

Cette analyse intervient dans un contexte où la transparence, la reddition des comptes et la lutte contre les irrégularités présumées dans la gestion publique occupent une place importante dans le débat national.

Au-delà des interprétations politiques, l’efficacité de ces commissions dépendra de leur capacité à établir des faits vérifiables, à respecter les règles de procédure et à distinguer les responsabilités politiques des éventuelles infractions pénales.

Le débat soulevé par Ibrahima Bakhoum met ainsi en évidence un enjeu institutionnel majeur : permettre au Parlement d’exercer pleinement sa mission de contrôle tout en préservant les droits des personnes concernées et la distinction entre enquête parlementaire et procédure judiciaire.

Articles similaires