CORED : UNE NOUVELLE ÉQUIPE POUR POURSUIVRE LE CHANTIER DE L’AUTORÉGULATION DES MÉDIAS

25/09/2026 La Rédaction 435
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Par: Y Ndiongue

Le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED) s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire. Réunis en assemblée générale ordinaire, les membres de l’organe d’autorégulation doivent procéder au renouvellement du Directoire et du Bureau. Le Tribunal des pairs fera, pour sa part, l’objet d’un renouvellement ultérieur.

Cette assemblée générale intervient au terme d’un mandat marqué par plusieurs épisodes difficiles, mais également par des avancées dans la structuration de l’autorégulation de la presse sénégalaise.

Dans son rapport moral, le président sortant, Mamadou Thior, est revenu sur les principales étapes de son mandat entamé en 2019. Les premières années ont notamment été marquées par les conséquences de la pandémie de Covid-19. Privé de siège pendant plusieurs mois et confronté à des ressources limitées, le CORED avait dû adapter son mode de fonctionnement et organiser ses activités dans différents espaces.

La situation commence toutefois à évoluer à partir de 2021. Le soutien du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) permet alors à l’institution de renforcer son dispositif administratif, de recruter du personnel permanent et de s’installer à la Maison de la Presse Babacar Touré.

Autre étape importante : le quitus délivré par le CORED devient un élément requis dans le processus d’obtention de la Carte nationale de presse. Une disposition qui renforce la place de l’autorégulation dans l’organisation de la profession journalistique.

DES DIFFICULTÉS FINANCIÈRES QUI ONT RALENTI LES ACTIVITÉS

Le fonctionnement de l’institution a néanmoins été affecté par les incertitudes entourant son financement. L’audit du FADP engagé après l’alternance politique de 2024 a entraîné une suspension temporaire des financements.

Cette situation a eu des conséquences directes sur le fonctionnement du CORED. Des arriérés de salaires se sont accumulés et plusieurs activités ont été ralenties. Les bureaux de l’institution sont notamment restés fermés pendant plusieurs mois en 2025.

La situation financière a commencé à se débloquer avec deux décaissements intervenus entre la fin de 2025 et le début de 2026. Ces ressources ont permis à l’institution de régulariser progressivement sa situation et de relancer ses activités.

LA FORMATION ET LA SENSIBILISATION AU CŒUR DE L’ACTION

Au cours de cette période, le CORED a également cherché à renforcer son travail de sensibilisation auprès des professionnels des médias.

Les « Cas d’École » ont notamment été relancés. Ces rencontres réunissent journalistes, étudiants, universitaires et acteurs institutionnels autour des problématiques liées à l’exercice du métier.

Plusieurs sujets ont été abordés, notamment la couverture des périodes électorales, la responsabilité des médias en temps de crise, les rapports entre journalistes et forces de sécurité ainsi que les dérives liées à certaines pratiques de chronique.

Le CORED a parallèlement participé à plusieurs programmes de formation portant sur la sécurité des journalistes, la désinformation, les discours de haine et l’évaluation de la couverture médiatique des élections.

UN RÔLE DANS LES RÉFORMES DU SECTEUR

L’organe d’autorégulation revendique également une participation active aux réflexions consacrées à l’avenir de la presse sénégalaise.

Entre 2023 et 2025, le CORED a assuré la présidence et le secrétariat du Comité de pilotage des Assises nationales des médias. Plusieurs recommandations issues de ces travaux sont aujourd’hui intégrées aux réflexions sur les réformes du secteur.

L’institution participe également aux travaux de la Commission nationale de la carte de presse, renforçant ainsi son implication dans la régulation de la profession.

LE TRIBUNAL DES PAIRS AU CŒUR DU DISPOSITIF DISCIPLINAIRE

Sur le plan de la régulation, le CORED indique avoir publié, depuis 2023, une vingtaine de communiqués portant notamment sur les appels à la violence, les discours haineux, les atteintes à la dignité humaine, les détournements de manchettes et les insuffisances constatées dans le traitement de certaines affaires judiciaires.

Le Tribunal des pairs a, de son côté, examiné treize plaintes et procédé à vingt-sept autosaisines. Cinquante médias ont été concernés par les décisions rendues.

Celles-ci ont notamment abouti à quarante-deux avertissements, quinze blâmes, cinq appels et deux demandes de droit de réponse.

Ces chiffres illustrent le rôle du Tribunal des pairs dans le règlement des manquements professionnels et la volonté affichée de privilégier, lorsque cela est possible, la médiation et le rappel aux règles avant les mesures disciplinaires.

DES DÉFIS À RELEVER POUR LA NOUVELLE ÉQUIPE

Au moment de passer le relais, l’équipe sortante reconnaît toutefois que plusieurs chantiers restent ouverts.

Le monitoring permanent des médias demeure encore limité par le manque de ressources humaines et financières. La question de la diffusion des décisions du CORED constitue également un défi, certaines décisions n’étant pas suffisamment relayées par les médias concernés.

Le financement durable de l’institution demeure enfin une préoccupation majeure. Le Directoire sortant appelle à une clarification des dispositions du Code de la presse afin de permettre au CORED de disposer de ressources pérennes et de réduire sa dépendance aux financements ponctuels.

Avec le renouvellement de ses instances dirigeantes, le CORED entre donc dans une nouvelle phase. La prochaine équipe devra consolider les acquis tout en s’attaquant aux nouveaux défis posés par la transformation numérique du paysage médiatique, la circulation massive de fausses informations et l’évolution des pratiques journalistiques.

Le passage de témoin intervient ainsi à un moment où la question de l’éthique et de la responsabilité des médias demeure au centre des enjeux liés à la profession au Sénégal.

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