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L’élection de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal. Lors de son discours d’investiture, le leader de PASTEF a livré une adresse dense et fortement symbolique, mêlant bilan politique, références philosophiques et engagement institutionnel. Plus qu’une simple prise de fonction, cette allocution a pris les allures d’un manifeste politique dans un contexte marqué par des tensions au sommet de l’État.
Dans une atmosphère particulière, à la veille de la Tabaski, de la Pentecôte et du jour d’Arafat, le nouveau président de l’Assemblée nationale a adopté un ton solennel pour prendre officiellement les rênes de l’institution parlementaire. L’ancien Premier ministre a présenté cette nouvelle responsabilité non comme un recul, mais comme la continuité d’un engagement politique qu’il inscrit dans la dynamique de la « révolution citoyenne » amorcée en 2024.
Dès l’entame de son intervention, Ousmane Sonko est revenu sur son passage à la Primature. Il a défendu le bilan de son gouvernement en mettant en avant la transparence sur la dette publique, la lutte contre la corruption, la réduction du train de vie de l’État ainsi que les réformes engagées dans les domaines économique et social. Selon lui, cette action gouvernementale s’est articulée autour des principes de rigueur, de souveraineté nationale et de gestion responsable des ressources publiques.
Mais le cœur de son discours s’est situé sur un autre terrain : celui de la morale en politique. Refusant d’interpréter les tensions actuelles comme de simples rivalités personnelles ou institutionnelles, Sonko a soutenu que l’enjeu fondamental concerne « le rapport entre la morale et la politique ». Pour étayer sa réflexion, il a convoqué plusieurs figures intellectuelles et historiques, d’Aristote à Saint Augustin, en passant par Mamadou Dia et Aline Sitoé Diatta, inscrivant ainsi son propos dans une perspective philosophique et mémorielle.
Le nouveau président de l’Assemblée nationale a surtout voulu adresser un message sans ambiguïté à la scène politique sénégalaise : son départ de la Primature ne signifie en rien une marginalisation politique. « Aucune fonction n’épuise la légitimité populaire », a-t-il affirmé, avant de préciser que l’Assemblée nationale ne saurait être réduite à une simple « chambre d’enregistrement ».
Dans ce qui apparaît comme une mise en garde institutionnelle, Ousmane Sonko a promis un Parlement pleinement engagé dans l’exercice de ses prérogatives constitutionnelles. Contrôle de l’action gouvernementale, évaluation des politiques publiques, surveillance des finances et défense de la souveraineté populaire ont été présentés comme les axes majeurs de son mandat au perchoir. Sans appeler à une confrontation ouverte avec l’exécutif, il a néanmoins annoncé sa volonté d’utiliser « tous les leviers de contre-pouvoirs constitués ».
Le discours a également revêtu une dimension spirituelle et patriotique assumée. En citant le Coran et l’exemple du calife Omar ibn al-Khattab, Sonko a décrit l’exercice du pouvoir comme « un dépôt » engageant une responsabilité à la fois devant Dieu et devant le peuple. Une référence destinée à renforcer son image d’homme d’État attaché à l’éthique, à la justice et à la responsabilité publique.
À travers cette investiture, Ousmane Sonko semble vouloir repositionner l’Assemblée nationale au centre du débat démocratique sénégalais. Loin du cérémonial protocolaire habituel, son allocution apparaît comme une tentative de transformer une période de crispation institutionnelle en moment de clarification politique.
En concluant par un appel à préserver la République « sans haine ni violence », le nouveau président de l’Assemblée nationale a cherché à projeter l’image d’un dirigeant déterminé à poursuivre son combat politique depuis le Parlement, avec une ambition clairement affichée : faire de l’institution parlementaire le cœur du contrôle démocratique au Sénégal.
Assane Diop



