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Dakar a accueilli, les 12 et 13 mai 2026, la Conférence internationale de l’Initiative pour l’Abolition des Dettes illégitimes (IDAN), un rendez-vous majeur consacré aux enjeux de la dette publique, de la souveraineté économique et de la justice sociale en Afrique. Placée sous le haut patronage du Premier ministre Ousmane Sonko, la rencontre s’est achevée ce mercredi sur un appel fort à une réforme profonde du système international de la dette et à une meilleure maîtrise des ressources stratégiques du Sénégal et des pays africains.
Pendant deux jours, plus de 150 chercheurs, universitaires, économistes, responsables politiques et experts venus d’Afrique, d’Asie, d’Europe, d’Amérique latine et d’Amérique du Nord ont échangé autour des mécanismes de l’endettement, des politiques économiques internationales et des alternatives possibles pour renforcer l’autonomie financière des États africains.
La cérémonie de clôture s’est tenue en présence de plusieurs personnalités, notamment Yacine Fall, Mamadou Lamine Diop, ainsi que de nombreux représentants institutionnels et participants internationaux.
Une déclaration forte sur la dette et la souveraineté
L’un des temps forts de cette clôture a été la présentation de la déclaration générale issue des travaux par la Docteure Mariama Touré. Dans son intervention, elle a souligné que la question de la dette sénégalaise dépasse largement le cadre financier ou comptable pour toucher directement à la souveraineté économique, à la capacité d’investissement public et à la justice sociale.
Les experts réunis à Dakar ont pointé plusieurs facteurs jugés préoccupants, notamment le poids important de la dette extérieure libellée en devises étrangères, l’absence de souveraineté monétaire liée au système du franc CFA, la forte dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux ainsi que les conséquences des dettes cachées révélées récemment par le rapport de la Cour des comptes.
Selon les chiffres avancés durant les échanges, la dette extérieure du Sénégal atteindrait près de 25 milliards de dollars, avec une progression particulièrement marquée entre 2012 et 2023.
Critique des politiques d’austérité
Les participants ont également exprimé de vives réserves à l’égard des politiques d’austérité souvent recommandées par des institutions comme Fonds monétaire international et Banque mondiale.
Selon les intervenants, ces politiques ont fréquemment conduit à une réduction des budgets alloués à la santé et à l’éducation, à une hausse du coût des services essentiels, à une diminution des investissements publics et à un accroissement des inégalités sociales.
Pour plusieurs experts présents, ces approches n’ont pas permis de résoudre durablement les crises de la dette dans de nombreux pays africains.
Des recommandations pour sortir de la crise
À l’issue des travaux, les participants ont formulé plusieurs recommandations majeures, parmi lesquelles :
- la réalisation d’un audit indépendant de la dette ;
- le gel temporaire du remboursement des dettes cachées ;
- la restructuration de la dette extérieure ;
- la protection des dépenses sociales essentielles ;
- une réforme du système monétaire ;
- ainsi que la création d’un front commun des pays emprunteurs du Sud.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité pour les États africains de mieux contrôler leurs ressources naturelles et ont soutenu les initiatives de renégociation de certains contrats pétroliers et gaziers jugés défavorables aux intérêts nationaux.
L’héritage de Thomas Sankara remis au centre des débats
Au cours des discussions, plusieurs participants ont rappelé l’appel historique lancé en 1987 par Thomas Sankara en faveur d’un front africain contre la dette.
Pour les organisateurs et les experts, la plateforme des pays emprunteurs proposée durant cette conférence constitue une tentative concrète de renforcer la capacité de négociation collective des États du Sud face aux créanciers internationaux.
Hommages et clôture officielle
La seconde partie de la cérémonie de clôture a été consacrée aux hommages adressés aux organisateurs, partenaires et équipes techniques ayant contribué au succès de l’événement.
Prenant la parole pour la clôture officielle, Yacine Fall a salué la qualité des échanges et l’engagement des participants en faveur d’une réflexion collective sur la souveraineté économique, la justice sociale et le développement durable.
Des remerciements ont également été adressés au Premier ministre Ousmane Sonko, au président de l’Assemblée nationale, aux maires de Dakar, aux parlementaires, aux partenaires techniques, aux médias sénégalais ainsi qu’aux équipes d’interprétation, de communication et de logistique.
En conclusion, les participants ont réaffirmé que le peuple sénégalais dispose d’un droit inaliénable au développement, à la souveraineté économique et à une gestion transparente des ressources publiques au service des populations.
Assane Diop



