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L’Ordre National des Experts-Comptables et Comptables Agréés du Sénégal (ONECCA) a organisé ce jeudi 12 février 2026 à Dakar une journée d’évaluation stratégique du Programme FASE (Programme d’Amélioration des Compétences Fondamentales en Comptabilité et en Gestion Financière). Une initiative régionale portée par la Banque mondiale et financée par le ministère autrichien des Finances, dont l’ambition est de combler le déficit chronique de techniciens comptables qualifiés en Afrique.
Initié au Sénégal en 2023, le programme FASE vise à délivrer une certification professionnalisante le Certificat Pratique et Professionnel en Comptabilité et Finance (CPPCF) à des titulaires de BTS ou de licence en gestion. Une formation de neuf mois, articulée autour de 1380 heures d’apprentissage dont 960 heures de stage pratique en milieu professionnel, effectuées pour l’essentiel pendant la période fiscale (décembre à mai).
Un bilan en demi-teinte mais des acquis solides
Présidant les travaux, M. Amadou Arame Diagne, vice-président de l’ONECCA et président du comité FASE, n’a pas éludé les difficultés rencontrées : « Nous avons enregistré 730 inscriptions au démarrage. Seuls 88 apprenants ont mené la formation à son terme* ». Un taux de déperdition élevé, que le comité attribue à une phase test assumée : « Nous avons choisi de ne pas aller immédiatement vers la massification. Les deux premières cohortes nous ont servi à éprouver le dispositif », a-t-il justifié.
Sur le fond, le programme semble avoir tenu ses promesses. Plusieurs cabinets d’expertise comptable ont recruté d’anciens stagiaires. M. Diagne lui-même a embauché trois des dix apprenants qu’il a encadrés. « Ce programme corrige le déphasage entre la théorie et la pratique. Il prépare des techniciens opérationnels, capables d’accompagner les entreprises vers la formalisation », a-t-il plaidé.
Des difficultés financières et un partenariat en suspens
Mais la journée d’évaluation a aussi été le théâtre d’un recadrage public. L’ONECCA avait signé une convention avec le 3FPT (Fonds de financement de la formation professionnelle et technique) pour l’octroi de 150 bourses couvrant 53 % du coût de la formation. Or, selon le comité FASE, « les engagements n’ont pas été tenus », ce qui a généré des tensions de trésorerie.
« Il fallait payer les enseignants tous des experts-comptables ou managers expérimentés – et indemniser les structures d’accueil. Nous avons dû chercher d’autres sources de financement* », a déclaré M. Diagne, sans détour.
Vers une troisième cohorte à plus grande échelle
Malgré ces difficultés, l’objectif affiché reste la pérennisation du programme et son déploiement à grande échelle. Les travaux de cette journée, qui réunissaient formateurs, maîtres de stage, partenaires institutionnels et apprenants, doivent aboutir à un cahier des charges consolidé pour le lancement de la troisième cohorte.
« Les résultats des tests sont positifs. Nous savons désormais ce qui fonctionne et ce qui doit être amélioré. L’enjeu maintenant, c’est d’aller vers la massification », a conclu le président du comité FASE.
En attendant, le Sénégal qui compte à peine 300 experts-comptables pour plus de 400 000 entreprises continue de chercher ses soldats.

