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Lors de la cérémonie solennelle de rentrée des cours et tribunaux, tenue jeudi à Dakar, le premier président de la Cour suprême, Mahamadou Mansour Mbaye, a mis en lumière les enjeux de la limitation du droit de grève pour certaines catégories de fonctionnaires au Sénégal. Cette mesure, a-t-il rappelé, répond à l’impératif de préserver l’ordre public économique, un pilier essentiel pour le bon fonctionnement de l’État et de ses institutions.
Des professions strictement interdites de grève
« Le droit de grève est strictement interdit à certaines professions », a affirmé M. Mbaye, en énumérant les services concernés : les forces armées, la police, les douanes, la magistrature, les services d’hygiène, les eaux et forêts, entre autres. Cette interdiction repose sur la nécessité de garantir la continuité des services publics stratégiques, dont la perturbation pourrait mettre en péril la sécurité, la santé ou la stabilité sociale et économique du pays.
Cependant, le président de la Cour suprême a souligné l’importance de veiller à un usage proportionné de cette restriction. « Le juge doit veiller à ce que la réquisition ne soit pas excessive », a-t-il précisé, rappelant que le droit constitutionnel de grève demeure un acquis fondamental. À cet égard, il a évoqué la décision historique de la Cour suprême, qui a annulé en mai 2023 des arrêtés de réquisition jugés abusifs émis par des autorités locales. Ces arrêtés visaient des agents qui n’occupaient pas de fonctions explicitement couvertes par les textes sur les réquisitions.
Un appel à la raison et au dialogue
Jean-Louis Paul Toupane, procureur général près la Cour suprême, a pour sa part insisté sur la nature ultime de la grève dans les relations sociales conflictuelles. « Ne cherchons pas à vaincre sans avoir raison », a-t-il déclaré, appelant les acteurs sociaux à privilégier le dialogue et la négociation. Selon lui, le Sénégal dispose de « solides ressources sociales » pour éviter les conflits prolongés, notamment grâce à des mécanismes de dialogue dédiés à maintenir la cohésion sociale.
Le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, présent lors de cette rencontre, a rappelé l’importance du préavis de grève. Celui-ci, a-t-il expliqué, « a pour objectif noble d’asseoir un cadre de concertation dans le but ultime d’éviter l’arrêt brutal et concerté du travail ». Le président a encouragé les inspecteurs du travail, les magistrats et les autres acteurs concernés à promouvoir la conciliation, un levier essentiel pour renforcer le dialogue social et garantir la stabilité nationale.
Un enjeu crucial pour l’avenir du Sénégal
M. Faye a également lié la question de la stabilité sociale et politique à la réussite de l’agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Il a insisté sur la nécessité de coordonner les efforts de tous les Sénégalais pour garantir un développement harmonieux et durable.
Ainsi, si le droit de grève reste un acquis démocratique précieux, son encadrement rigoureux pour certaines catégories de fonctionnaires s’impose comme une mesure indispensable pour préserver l’ordre public et la continuité des services stratégiques. Ce délicat équilibre entre droit constitutionnel et responsabilité collective reste au cœur des préoccupations des autorités sénégalaises.


